La lettre d’opinion de Suzanne-G. Chartrand publiée le 11 décembre, « Quand l’autorité du prof est sapée par la bien-pensance ! », n’a pas manqué de faire réagir les lecteurs. Voici un aperçu des courriels reçus.

Publié le 14 déc. 2021
Lisez la lettre

Un processus complexe

Tout à fait d’accord avec cette analyse. L’éducation n’est pas un processus uniquement de joies et de bonheur. L’esprit se développe non seulement par l’accumulation de connaissances (toutes les connaissances), mais par le développement de la capacité de réfléchir, d’analyser, de débattre, d’être confronté à ce qui n’est pas familier et de comprendre que de ne pas être d’accord n’est pas une anomalie. C’est une grave erreur pour l’éducation et la société de toujours mettre le ressenti comme valeur primaire. L’émotivité est rarement porteuse de décisions judicieuses. Mais, après tout, les jeunes pourront se contenter de leurs diplômes Facebook, Twitter, TikTok et tutti quanti.

Julien Houle

Dialogue difficile

Je suis en brouille avec ma fille de 40 ans. Elle est woke. Notre relation s’en ressent. On ne peut plus parler, nom de Dieu !

Jean-Guy Marmen

Entériner les sensibilités

Là où il y a problème, c’est lorsque la direction s’en mêle en donnant de la valeur aux sensibilités des uns et des autres.

André Brunelle, enseignant retraité

« Chercher la vérité et non pas la recevoir toute faite »

Je pense comme Ferdinand Buisson, pédagogue laïque, cité par le président Emmanuel Macron lors d’un hommage à Samuel Paty, décapité en France par un islamiste : « Il faut prendre l’être humain si petit et si humble soit-il et lui donner l’idée qu’il peut penser par lui-même, qu’il ne doit ni foi ni obéissance à personne, que c’est à lui de chercher la vérité et non pas la recevoir toute faite d’un maître, d’un directeur, d’un chef quel qu’il soit temporel ou spirituel ». À mon avis, c’est ça, la bien-pensance !

Hugues Beauregard

Enseigner le doute

Ce qu’il faut surtout enseigner, c’est le doute. Pour juger d’une œuvre, il faut aussi tenir compte de l’époque où elle a été créée, mais cela exige une connaissance de ce passé. L’ignorance est à l’origine de ces dérives.

Jeanne Baillargeon

Un film juste

J’ai adoré ce film qui correspond tellement à ce qui se passe à l’université. J’endosse les propos de Mme Suzanne Chartrand. Il faudrait plus de gens courageux comme elle pour dénoncer ces situations. Parlez-nous du prochain rapport de la commission sur la censure du comité présidé par Alexandre Cloutier. J’aimerais lire l’analyse du professeur Yves Gingras, spécialiste de l’histoire des universités qui a écrit un très bon article dans le dernier numéro de la revue Argument qui était consacré à l’université.

Robert Comeau, ex-professeur à l’UQAM

Cela ne date pas d’hier

Et cela ne date pas d’hier ! En 2001, je donnais un cours à la formation aux adultes : Introduction à la sociologie du Québec. On a refusé que je donne les neuf heures sur la période de la Révolution tranquille sous prétexte que le fait de présenter la laïcisation de notre société pouvait offenser les élèves croyants. J’ai eu beau tenter d’expliquer que ce cours ne pouvait pas être pertinent sans aborder la Révolution tranquille, rien n’y faisait. J’ai cédé face à la direction, mais j’ai donné un autre plan de cours à mes élèves et j’ai quand même abordé le sujet ! Je n’ose pas imaginer aujourd’hui !

Sophie Blain

Dès le primaire

Cela ne se passe pas seulement au niveau universitaire, collégial ou secondaire. Ça commence au primaire, eh oui ! On doit plaire à tout prix, en fait à n’importe quel prix aux enfants et à leurs parents. Vous devriez sonder le personnel des écoles primaires.

Francine St-Denis, retraitée de l’éducation et heureuse de l’être

S’améliorer sans renier l’histoire

Je suis d’accord avec ce point de vue, car je trouve révoltante cette tendance, cette démarche des prétendus défenseurs des droits de toutes ces personnes, supposément minoritaires, harcelées, défavorisées, discriminées, marginalisées, etc. Tout est prétexte à contester, se plaindre, revendiquer, se faire voir sur la place publique. Il y aura toujours de la place pour l’amélioration, mais il ne faut pas nier ou renier l’histoire. Il faut en tirer des leçons pour faire mieux.

Claude Ménard, Laval

Quand le système permet l’ignorance

Depuis deux générations au moins, l’école, les collèges et les universités sont devenus des cafétérias où le client choisit ce qu’il veut sur le présentoir pour le placer sur son plateau individuel. Ce client peut se plaindre de tout, même de ce qu’il ne veut pas, incluant les odeurs, la présentation, le personnel, l’étiquetage, les exigences de salubrité et de santé, etc.

Auparavant, un diplôme garantissait une compétence basée sur le tronc commun d’un cursus ou d’une profession. Ce ne sera plus le cas dans deux générations. On aura, dans un avenir rapproché, des professions et diplômes basés sur l’idéologie, le charlatanisme, la rectitude, la saveur du mois, et j’en passe.

C’est un paradoxe quand le système éducatif permet l’ignorance et l’étroitesse d’esprit. Personne n’est plus dangereux que l’ignorant qui croit tout savoir.

Cela a commencé il y a plus de 40 ans, quand au primaire certains parents demandaient déjà des révisions de notes pour que l’enfant puisse avoir accès à un programme enrichi ou autre. Cela n’a pas changé si ce n’est que cela a empiré.

Gaston M. Côté