Vous avez été nombreux à commenter l’éditorial de Philippe Mercure sur l’hydrogène vert, publié le 28 novembre dans la section Contexte. Voici un aperçu des courriels reçus.

Publié le 30 nov. 2021
Lisez « Avant de tout miser sur l’hydrogène vert »

Dossier explosif

L’éditorialiste a raison de mettre le public en garde. Que le Québec ne gaspille pas des millions de dollars pour subventionner une industrie qui a un avenir limité. Il fait bien de rappeler la physique et la chimie de l’hydrogène, un gaz extrêmement explosif, difficile et coûteux à transporter. Ça me rappelle la fois où mon professeur de sciences au collège en a fait exploser par mégarde ! Il en a été quitte pour quelques éclats de verre à la figure et l’appareillage détruit, mais ça aurait pu être bien pire.

Bernard Terreault, physicien retraité de l’INRS-Énergie

Énorme marché potentiel

Le fonctionnement des piles à hydrogène nécessite de l’hydrogène pur à 99,95 %. Il n’y a que l’électrolyse qui peut produire de l’hydrogène de cette pureté, et cela sans aucune émanation de CO2. Pour le transport de marchandises, les camions lourds devront passer aux piles à hydrogène, car le poids des batteries nécessaires aux longs cours réduit de beaucoup la capacité de chargement de ces véhicules. Ce besoin ne se manifestera pas seulement au Québec, mais dans toute l’Amérique. C’est un marché énorme pour le Québec. L’idée d’avoir une société d’État pour la production d’hydrogène vert est intéressante étant donné la dépendance entre l’hydroélectricité (sous la gouverne de l’État) et l’hydrogène vert, cela permettrait d’intégrer l’hydrogène vert dans une stratégie énergétique intégrée pour le Québec. L’hydrogène noir, gris et bleu, des formes qui peuvent être utilisés dans des procédés industriels et qui ne nécessitent pas la pureté de l’hydrogène vert pourront être du ressort de l’entreprise privée.

Robert Mantha, vice-recteur à la recherche et au développement de l’UQTR à la retraite, Trois-Rivières

Le rêve de l’an 2000

En tant que chercheur à la retraite d’Hydro-Québec, j’ai l’impression de vivre un très vieux film à partir de toutes les déclarations publiques actuelles sur l’hydrogène « vert ». Il y a très longtemps, on parlait de fusion nucléaire comme la source d’énergie inépuisable du futur. Puis, l’énergie nucléaire s’est concrètement manifestée pour remplacer les énergies fossiles, le tout donnant de l’électricité par procédé thermique. Le tout portait le nom de l’économie de l’hydrogène et on approchait progressivement de l’an 2000 en rêvant d’hydrogène distribué partout. Dans le contexte actuel, consultants, promoteurs et groupes d’intérêts relancent ce rêve avec nos politiciens à leur remorque. Et dire que l’hydroélectricité utilisée aussi inefficacement deviendrait la solution…

François Morin, B. Sc. A. en métallurgie et D. es Sc.

Des centrales consacrées

En lisant l’éditorial, je constate le problème, mais la solution, je crois, est de produire de l’hydrogène à partir de centrales électriques consacrées à cet usage. Des centrales éoliennes ou solaires, directement raccordées aux systèmes d’électrolyse. Pas besoin de lignes de transport ni d’affecter notre réseau électrique. La stabilité des sources, vent et ensoleillement, est moins importante puisqu’on accumule l’énergie en fabriquant l’hydrogène.

Normand Choquette

Pas si simple

Article très intéressant et informatif sur un sujet dont j’ignorais beaucoup de choses. Bravo à M. Mercure qui soulève au passage de vraies questions auxquelles le gouvernement devra répondre. De toute évidence, les partis politiques n’ont pas saisi la complexité de l’hydrogène vert ni ce qu’il en coûtera pour le produire. Et cela inclut son impact sur nos surplus d’hydroélectricité, qui risquent de se transformer en déficit avec, entre autres, la croissance de la demande pour alimenter les batteries des véhicules électriques. Un beau sujet journalistique pour lequel les analyses des experts risquent de s’entrechoquer…

Réal Bilodeau

« Buzzword » décortiqué

Bravo pour ces excellentes explications sur l’hydrogène vert. Faciles à comprendre. Le nouveau « buzzword » va sûrement faire moins rêver maintenant !

Jean Dufresne

Jouer avec les économies des Québécois

Je trouve que l’on puise trop facilement dans nos économies pour des projets dont on ne peut garantir la rentabilité. Le gouvernement cherche le veau d’or qui pourra assurer une partie de l’avenir économique du Québec. Les obligations financières futures causées par le vieillissement de la population devraient inciter à la prudence. Le fonds de pension des Québécois ne doit pas servir à faire de la spéculation hasardeuse, surtout lorsque l’on regarde les sommes investies avec un rendement probable à long terme.

Claude Beaulieu

De la poudre aux yeux

Votre éditorial m’a éclairé sur un point que j’ignorais, soit la perte énergétique pour produire de l’hydrogène. En fin de compte, ça semble être un outil de conservation et de transport d’énergie bien peu performant. Ma compréhension est qu’il s’agit d’un produit parfait d’écoblanchiment pour les gouvernements et diverses entreprises liées au transport. Le paraître est ici bien plus important que les résultats mesurables. Nous sommes entrés dans une période d’essais-erreurs pour trouver des remplaçants aux énergies fossiles et les regards vont dans toutes les directions. À la lumière de votre éditorial, je ne vois pas de miracle possible avec l’hydrogène sinon celui d’envoyer de la poudre aux yeux.

Roch Galarneau, Lévis