Le gouvernement Trudeau vient de donner raison au gouvernement de Stephen Harper avec sept ans de retard. Le Canada achètera donc des avions de chasse F-35 pour remplacer les vieux CF-18.

Publié le 30 mars

En fait, nos avions étaient tellement vieux qu’il a fallu, entre 2019 et 2021, acheter 18 chasseurs usagés – dans le jargon de la Défense nationale, on les appelait pudiquement des « chasseurs provisoires » – à l’Australie pour avoir un minimum d’avions fonctionnels.

Mais ces retards et ces atermoiements chaque fois qu’il est question de renouveler le matériel des Forces canadiennes font partie de l’ADN du Parti libéral du Canada.

Pratiquement chaque fois qu’on veut faire un achat important – et coûteux – de matériel militaire, les libéraux font tout pour retarder le processus, y compris annuler les contrats signés par le gouvernement précédent, et ne procèdent finalement que lorsque les équipements sont devenus totalement vétustes et dangereux pour leurs équipages.

C’est en 1977 que le gouvernement de Pierre Elliott Trudeau avait commencé le processus de remplacement des avions de chasse du Canada, les appareils précédents datant dans certains cas des années 1950.

Le dossier a vite pris une tournure politique et même d’unité nationale. Les deux avions finalistes étaient le F-16 de General Dynamics et le F-18 de McDonnell Douglas, tandis que les retombées économiques au Canada suscitaient toutes sortes de convoitises.

General Dynamics avait joué à fond la carte des retombées au Québec, ce qui, dans les mois qui précédaient le référendum de 1980, était certain de provoquer un débat politique enflammé. Mais le gouvernement canadien allait quand même privilégier le F-18 (devenu CF-18 dans sa version canadienne), qui était plus compatible avec les équipements de l’OTAN, en particulier ceux des Américains.

Dès 1997, le gouvernement de Jean Chrétien avait ouvert le dossier du long processus de remplacement des CF-18. Mais il ne devait aboutir qu’en juillet 2010 sous Stephen Harper, qui a choisi le CF-35 – le même avion que le gouvernement actuel vient de commander.

Mais si Justin Trudeau est disposé aujourd’hui à acheter les CF-35, il n’a pas toujours été de cet avis.

Il est vrai que le processus menant au contrat d’achat des CF-35 était parfois douteux – surtout qu’il avait été accordé sans appel d’offres – et que l’appareil lui-même était l’objet de nombreuses critiques.

Il reste que, pendant tout le processus, les libéraux ont promis de déchirer le contrat. C’est ce que Michael Ignatieff avait dit pendant la campagne électorale de 2011, c’est ce que Justin Trudeau avait répété en 2015.

Aujourd’hui, M. Trudeau revient sur sa promesse électorale de 2015 et décide de faire très précisément ce que M. Harper avait décidé en… 2010. Un détour de plus d’une décennie pour aboutir au même résultat.

En fait, cette histoire ressemble grandement à un autre fiasco du genre, quand le gouvernement conservateur de Brian Mulroney avait décidé de remplacer les hélicoptères Sea King qui étaient entrés en service en 1963 et avait passé une commande de 35, puis de 50 hélicoptères EH-101 au montant de 5,8 milliards de dollars, ce qui a causé une controverse en ces temps où le déficit fédéral était très élevé.

Kim Campbell, devenue première ministre, a ramené quelque peu la facture à 4,4 milliards. Mais le chef libéral Jean Chrétien a décidé d’en faire un enjeu électoral.

Ces appareils étaient des Cadillac, disait M. Chrétien, dont on n’avait nul besoin dans ces années après la chute du mur de Berlin et la fin de la guerre froide.

Pendant toute la campagne électorale de 1993, il a dit dans presque chacun de ses discours qu’il allait déchirer le contrat. « Je vais écrire : zéro hélicoptère, signé Chrétien », disait-il. Ce qu’il fit après son élection, quitte à payer une pénalité de 500 millions de dollars.

M. Chrétien s’opposera à tout achat de nouveaux hélicoptères pendant tout son mandat, même après que toute la flotte a été clouée au sol après un écrasement. C’est son successeur, Paul Martin, qui donnera finalement le feu vert au remplacement des Sea King.

Encore une fois, plus d’une décennie avait été perdue simplement pour respecter une promesse électorale du Parti libéral du Canada.

Les Sea King, les CF-18, sans oublier ces sous-marins usagés, achetés du Royaume-Uni – à l’époque de Jean Chrétien – et qui n’ont pratiquement jamais été en mesure de prendre la mer, ça commence à faire beaucoup.

La seule conclusion qu’on peut tirer de ces fiascos répétés et amplifiés par des discours partisans est que le processus de renouvellement du matériel militaire au Canada est inutilement politique. Surtout quand les libéraux sont au pouvoir et qu’ils voient un avantage partisan à remettre à plus tard ce qui est tout de même urgent.