Jean Charest est quand même un peu chanceux dans sa malchance. Il a attrapé la COVID-19, ce qui fait qu’il ne pourra pas participer à ce qui se présente comme une bataille de ruelle. Maintenant que les principaux candidats à la direction du Parti conservateur du Canada se sont avancés, il est clair que ce sera tout sauf une belle campagne qui permettra à un parti divisé de retrouver son unité.

Publié le 16 mars

Aux États-Unis, Ronald Reagan avait connu du succès en citant ce qu’il appelait le 11e commandement : « Tu ne diras pas du mal d’un autre républicain. » Ça ne s’est pas rendu aux oreilles des candidats Pierre Poilievre et Patrick Brown qui ont passé les derniers jours à s’échanger des insultes sur Twitter.

Mais pour Jean Charest, dans un Parti conservateur qui n’est plus celui qu’il a quitté il y a deux décennies, la question préalable est celle qui a été posée à tous les Québécois qui se sont présentés à la direction d’un grand parti national au Canada : can he deliver Québec ? Peut-il livrer une majorité avec le vote des Québécois ?

M. Charest aurait sans doute souhaité un départ canon, pour montrer que ses 10 années hors de la politique n’ont pas affecté sa capacité de gagner.

Mais on a surtout noté qu’une bonne présence sur les réseaux sociaux – et qu’il le veuille ou pas, c’est ainsi qu’on rejoint les électeurs en 2022 – ne s’achète pas. On doit la construire. Et sur ce point, M. Charest a prouvé qu’il était nettement en retard sur ses adversaires.

Mais il y a aussi un autre aspect des réseaux sociaux que M. Charest ne peut contrôler. Allez naviguer cinq minutes sur Facebook ou Twitter et vous trouverez au moins 10 fois une photo de Jean Charest avec l’entrepreneur Tony Accurso, dédicacée « merci pour tout » par l’ancien premier ministre.

Une photo qui date de 2001 – donc avant son élection comme premier ministre – mais qui est devenue célèbre en 2014 quand Tony Accurso a témoigné à la commission Charbonneau.

Évidemment, une photo ne prouve rien. Mais qu’elle circule encore 20 ans plus tard est un rappel constant des casseroles que traîne toujours M. Charest depuis son départ de la politique québécoise en 2012.

Des casseroles qui se mesurent encore dans l’opinion publique. La semaine dernière, la firme Abacus a demandé quelle opinion les Québécois avaient de M. Charest : opinion favorable : 20 % ; défavorable : 47 % ; et neutre : 22 %.

Il y a deux ans, un sondage Léger posait la même question, mais sans l’option neutre. C’était 72 % d’opinion défavorable…

Il y a là un problème, chez lui, pour M. Charest. Un problème qui ne s’en ira pas par le simple passage du temps et une course à la direction des conservateurs fédéraux.

Mais ce problème va amener la question qui se pose au Canada anglais : can Charest deliver Quebec ?

On en aura une bonne idée quand on verra le nombre de nouveaux membres que M. Charest pourra ajouter sur les listes du Parti conservateur. À la grandeur du Canada, il faudra, selon certaines estimations, quelque 100 000 nouveaux membres qui voteront pour M. Charest.

Il faudra qu’un grand nombre d’entre eux viennent du Québec puisque le marché ontarien va être pas mal réduit à cause de la candidature de Patrick Brown, un ancien chef du Parti conservateur provincial et qui a la réputation d’être un excellent organisateur.

Mais c’est plus difficile de vendre des cartes de membre quand entre 47 et 72 % des gens ont une opinion négative du candidat. Et force est de constater que, depuis l’annonce de la candidature de Jean Charest, il n’y a pas un raz-de-marée d’appui pour l’ancien premier ministre.

M. Charest peut compter sur quelques bonnes volontés parmi ses anciens ministres du PLQ. Mais ce n’est pas avec des Sam Hamad ou des Lise Thériault qu’on va déclencher un vaste mouvement populaire.

Mais, est-ce que Jean Charest peut gagner le leadership conservateur ? C’est possible, mais la plupart des observateurs disent que si ce chemin existe, il est très étroit.

Et il y a l’autre question. Celle qui ne se pose pas tellement au Québec, mais qui est primordiale dans le reste du Canada. « Le chef sera-t-il un vrai conservateur ? »

M. Charest a décidé de ne pas répondre directement à la question et de dire plutôt qu’il est le seul à pouvoir gagner un gouvernement national. Ce qui veut dire un gouvernement majoritaire et représentant toutes les régions du pays.

Il y a deux ans, M. Charest renonçait à se présenter à la direction du PCC parce que celui-ci avait beaucoup changé et qu’il s’était radicalisé à droite.

Une dynamique qui existe encore et rend le chemin encore plus étroit.