Formule E: nous n'avions pas besoin de ça

La Ville de Montréal dépensera une vingtaine de... (Courtoisie, FIA)

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La Ville de Montréal dépensera une vingtaine de millions pour la course de Formule E.

Courtoisie, FIA

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La Ville de Montréal dépensera une vingtaine de millions pour la course de Formule E qui s'ébranlera dans ses rues le week-end prochain. C'est trop d'argent pour un événement dont elle n'a pas besoin, qui crée des désagréments importants et dont les répercussions écologiques annoncées ne seront pas au rendez-vous. Voici quatre raisons pour lesquelles Montréal aurait dû passer son tour.

LA FACTURE

C'est l'élément le plus choquant de cette course de voitures électriques. Radio-Canada a révélé que les autres villes du circuit n'y investissent pas un cent d'argent public. À New York, Berlin, Paris, Monaco, Hong Kong et Marrakech, ce sont les organisateurs et les commanditaires qui paient pour la course. Ici, ce sont les contribuables. Pourquoi ?

Montréal affirme que l'ePrix de Montréal sera « très différent de ce qui se fait ailleurs », parce qu'il servira aussi à promouvoir l'électrification des transports. Sauf que les faits contredisent ces explications. L'argent de la Ville servira principalement à monter et démonter la piste, à la sécuriser avec des murets et à payer les droits de la course - pas à faire de la sensibilisation écologique. La facture inclut aussi des travaux de voirie. Certains auraient été faits de toute façon, mais cela ne justifie aucunement un montage financier qui repose sur un tel apport en deniers publics.

L'OBJECTIF

Le but affiché de l'ePrix est de promouvoir les transports électriques. Cet objectif relève toutefois de la pensée magique. Deux éléments freinent actuellement l'adoption des voitures électriques. Le premier est le prix, sur lequel la course n'aura aucune influence. Le deuxième est la perception que l'autonomie des batteries est insuffisante.

Or, au milieu d'une course de Formule E de 50 minutes, les pilotes doivent changer de véhicule... car leur batterie est à plat. Pour modifier les perceptions, on aurait pu trouver mieux.

Quant au désir de Montréal de se donner une image « verte » à l'étranger, c'est en prenant des mesures pour freiner l'étalement urbain, favoriser les transports collectifs et réduire l'utilisation de la voiture individuelle que la Ville y parviendra - pas en essayant d'en mettre plein la vue deux jours par année. Songeons que Montréal apparaît aux côtés de villes comme Mexico et Hong Kong dans le calendrier de la Formule E - des endroits qui ne sont pas particulièrement vantés pour la qualité de leur air.

LE LIEU

L'autre source d'irritation de l'ePrix est le lieu. Alors que Montréal dispose d'un circuit de course automobile de classe mondiale, c'est en plein centre-ville qu'on fera rouler les voitures électriques.

Vrai, bloquer les rues pour des célébration fait partie de l'ADN de Montréal l'été. Mais il existe un point de saturation à ne pas franchir.

Les automobilistes sont déjà soumis à rude épreuve avec les nombreux travaux et festivals. Leur créer des entraves supplémentaires pendant les trois semaines que durent les préparatifs et l'événement est abuser de leur patience. C'est sans compter les commerçants de la rue Ontario qui voient l'accès à leurs commerces restreint, les journalistes de Radio-Canada forcés de s'installer ailleurs parce qu'ils sont encerclés et les résidants qui habitent les lieux et doivent endurer le bruit de travaux... en pleine nuit. Les dédommagements financiers pour les commerçants ainsi que les stationnements et billets gratuits offerts aux résidants sont une belle attention, mais ne compensent pas les inconvénients.

LA GESTION

L'ePrix de Montréal est une mauvaise idée... qui a connu des ratés dans sa gestion de surcroît. Les commerçants qui ont dû défaire leur terrasse en plein coeur de l'été l'ont appris à peine un mois avant l'événement, alors que l'ePrix se planifie depuis près d'un an. Un autre exemple est cette décision de débourser 7,5 millions pour acheter des murets de béton alors qu'on aurait pu louer ceux du circuit Gilles-Villeneuve pour une fraction de ce prix. La Ville n'a jamais été capable de la justifier.

Les Montréalais sont prêts à faire des sacrifices financiers et logistiques importants pour rendre leur ville festive et la faire rayonner. Mais ça ne veut pas dire qu'il faut dire oui à tout.

Dans le cas de l'ePrix, les bénéfices ne justifient pas la facture et les inconvénients. La prochaine fois, il faudra apprendre à dire non.

16,5
millions
C'est la somme déboursée par la Ville de Montréal pour assurer la première édition du ePrix. À cela s'ajoute une caution de dix millions pour couvrir les éventuelles pertes engendrées par l'organisme Montréal c'est électrique, chargé de l'organisation.




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