La commission Parent, oeuvre inachevée

« Il est vrai que depuis quelques mois, la... (Photo Edouard Plante-Fréchette, Archives La Presse)

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« Il est vrai que depuis quelques mois, la réussite éducative revient dans le débat politique, mais elle n'occupe toujours pas la place qu'elle mérite. Peut-être est-ce parce que les causes du retard sont complexes », écrit Paul Journet.

Photo Edouard Plante-Fréchette, Archives La Presse

Paul Journet

Éditorialiste

La Presse

Un demi-siècle après la commission Parent, le retard des Québécois francophones en éducation demeure. C'est ce que démontre une nouvelle étude de l'Institut CIRANO sur le taux de diplomation universitaire.

Sa lecture devrait choquer quiconque se préoccupe du sort de la majorité francophone.

On y apprend que : 

- les Québécois obtiennent proportionnellement moins de diplômes universitaires que les autres Canadiens ;

- parmi les Québécois, les francophones obtiennent moins de diplômes universitaires que les anglophones et les allophones ;

- cet écart se creuse à la maîtrise et au doctorat ;

- au premier cycle, les francophones sont plus susceptibles d'obtenir un diplôme abrégé (certificat, attestation) au lieu d'un baccalauréat.

Si l'éducation était une véritable priorité, ces chiffres feraient scandale. Hélas, on semble s'y habituer.

Il est vrai que depuis quelques mois, la réussite éducative revient dans le débat politique, mais elle n'occupe toujours pas la place qu'elle mérite. Peut-être est-ce parce que les causes du retard sont complexes.

Elles se trouvent bien sûr dans les cégeps et les universités. Mais elles se trouvent aussi en amont, dans les écoles primaires et secondaires, ainsi que dans le peu d'importance accordée à l'éducation.

Dans leur étude, l'économiste Robert Lacroix et le sociologue Louis Maheu remettent en question le rôle des cégeps. Ces établissements pourraient sans doute faire mieux. À l'heure actuelle, seul le tiers des cégépiens obtient un diplôme dans le délai régulier de deux ans. Et même après quatre ans, à peine deux étudiants sur trois ont obtenu leur diplôme. Un sérieux retard, car plus un étudiant est âgé lorsqu'il complète une étape, moins il risque de passer à la suivante.

Faut-il pour autant abolir la formation préuniversitaire des cégeps ? Non, car cet immense rebrassage de structures ne s'attaquerait pas au coeur du problème.

Le retard des élèves s'explique par d'autres causes. Il vient de phénomènes générationnels - les jeunes changent de programme, voyagent et travaillent, par nécessité ou par consumérisme. Et il résulte aussi des troubles d'apprentissage qui n'ont pas été réglés au primaire et au secondaire.

Si les cégeps eux-mêmes constituaient le principal problème, les anglophones qui les fréquentent auraient aussi un retard de diplomation universitaire. Or, ils se comparent sans rougir au reste du Canada.

Ajoutons que les cégeps freinent l'exode rural en offrant dans chaque région une formation adaptée aux besoins locaux et qu'ils permettent d'offrir des cours de culture générale (philo, français, langue seconde) pour les formations techniques.

***

Le problème ne se limite donc pas aux cégeps.

Il se trouve d'abord en amont, dans la formation de la petite enfance à la fin du secondaire. Il y a urgence à hausser le taux de diplomation au secondaire, en intervenant le plus tôt possible auprès des jeunes en difficulté.

Il se trouve aussi en aval, à l'université. Depuis la crise étudiante, les élus n'osent plus parler de sous-financement universitaire. Pire, en début de mandat, le gouvernement Couillard a coupé dans les cégeps et universités. Et le mode de financement des universités (plus d'étudiants = plus d'argent) les incite à attirer des « clients » avec des certificats et attestations au premier cycle. À lui seul, le Québec décerne 75 % de ces diplômes au pays !

MM. Lacroix et Maheu le déplorent à juste titre. Et ils ont aussi le courage de chercher plus loin, dans notre rapport à l'éducation et au savoir.

De façon générale, une famille au revenu moins élevé aura plus tendance à sous-estimer la valeur intrinsèque et l'utilité de l'éducation.

Et de façon particulière, les parents francophones parlent moins de l'école avec leurs enfants que ne le font les allophones*.

On ne veut pas sombrer dans l'alarmisme ou le pessimisme. D'immenses progrès ont été accomplis depuis les années 60. Mais l'utopie derrière le rapport Parent reste inachevée. Ce serait d'ailleurs un beau projet pour un parti qui se cherche un programme électoral...

> Lisez un résumé de l'étude du Centre interuniversitaire de recherche en analyse des organisations (CIRANO) 




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