Un an pour nettoyer le SPVM

Le chef de la Sûreté du Québec, Martin... (PHOTO OLIVIER JEAN, ARCHIVES LA PRESSE)

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Le chef de la Sûreté du Québec, Martin Prud'homme, quittera temporairement ses fonctions pour devenir « administrateur temporaire » du Service de police de la Ville de Montréal.

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Paul Journet

Éditorialiste

La Presse

Même s'il a perdu la confiance de Montréal et de Québec, le chef de police Philippe Pichet est suspendu avec solde, et non congédié. Pourquoi le garder dans les limbes quand personne ne veut son retour ?

Et même si le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) est pourri par des guerres de clans, le gouvernement Couillard nomme un autre policier pour faire le ménage, l'actuel chef de la Sûreté du Québec (SQ), Martin Prud'homme. N'attise-t-on pas le feu qu'on veut éteindre ? Pourquoi ne pas avoir nommé un civil ?

À première vue, l'annonce d'hier laisse perplexe. Mais en l'examinant de plus près, elle se justifie, bien qu'un certain scepticisme demeure.

L'hiver dernier, les médias révélaient le bilan désastreux du service des affaires internes du SPVM : enquêtes bâclées, informations ignorées et même fabrication de preuve. Les faits comptaient moins que l'appartenance au clan.

Québec a donc commandé deux enquêtes. La première, criminelle, porte sur des allégations spécifiques. La seconde, administrative, portait sur la culture qui rendait possibles ces dérapages. C'est ce rapport, rédigé par Me Michel Bouchard, qui a été dévoilé hier.

La crise au SPVM précédait M. Pichet. Mais même s'il ne l'a pas causée, il l'a perpétuée et peut-être même aggravée.

Pour y mettre fin, le rapport Bouchard recommande pudiquement de « recourir aux dispositions des articles 275 et suivants de la Loi sur la police ».

Selon cette loi, Québec peut seulement suspendre le chef de police de Montréal. Pour le congédier, la commande doit venir de la mairie de Montréal.

Selon la Charte de la Ville, la mairesse Plante devrait obtenir un mandat du conseil municipal et de la Commission de la sécurité publique, puis relayer cette demande à Québec. Et avant que la décision soit prise, le chef de police doit être entendu.

Hier, M. Pichet n'avait même pas encore lu le rapport. On ne pouvait pas le dégommer si vite.

La destitution est complexe, et c'est tant mieux. Si un tel processus n'avait pas existé à Toronto, l'ex-maire Rob Ford aurait réussi à se débarrasser du chef de police qui lui tenait tête.

***

Le choix du remplaçant intérimaire de M. Pichet laisse plus songeur. La force de Martin Prud'homme est son expérience. Mais c'est aussi sa faiblesse.

Le SPVM n'est pas le premier corps de police à traverser une crise. En 1996, la Sûreté du Québec (SQ) était ébranlée par l'affaire Matticks (fabrication de preuve, enquête interne bidon, intimidation). En 2007, c'est la Gendarmerie royale du Canada (GRC) qui s'enlisait (affaire Arar, gestion des fonds de retraite et d'assurance, loi du silence).

Autant pour la SQ que pour la GRC, un examen indépendant avait été commandé. Et, dans chacun des cas, cela avait mené à la nomination du tout premier patron civil dans l'histoire de ces corps policiers.

Cet électrochoc était jugé nécessaire pour briser la culture de la SQ et de la GRC. Alors, pourquoi ne pas oser le même ménage avec le SPVM ? Par manque de temps, répond le ministre de la Sécurité publique, Martin Coiteux. Il fallait un candidat qui connaît assez le dossier pour commencer tout de suite le travail, et achever son rapport d'ici un an.

Il est vrai que M. Prud'homme est hyper qualifié - il a dirigé les enquêtes internes à la SQ, puis a été sous-ministre de la Sécurité publique, avant de devenir patron de la SQ. Il a été nommé par un gouvernement libéral et maintenu en poste par un gouvernement péquiste, ce qui prouve son tact.

Malgré tout, on se prive d'un regard civil externe. Et on fait entrer au SPVM le patron d'un corps policier rival, la SQ.

Au moins, le mandat de M. Prud'homme au SPVM ne dure qu'une année. Il retournera par la suite à la tête de la SQ - son mandat a été prolongé hier, de 2019 jusqu'à 2022. Personne au SPVM ne le soupçonnera de vouloir s'y installer à long terme.

***

Espérons que l'expertise de M. Prud'homme l'aide à assainir le SPVM. Reste qu'à lui seul, il ne pourra pas tout faire. Changer le patron ne suffit pas. Il faut aussi changer les institutions.

Pour les prochains mois, la balle est dans le camp de la mairesse Plante. Dans l'opposition, Projet Montréal avait lancé d'excellentes idées. Le parti voulait notamment rendre plus indépendante et transparente la commission municipale où le SPVM rend des comptes. Le maire Coderre s'y refusait.

Mme Plante pourra y donner suite. Et réfléchir maintenant à la nomination du prochain patron ou de la prochaine patronne du SPVM, qui a plus que jamais besoin d'un regard extérieur.




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