Si nous étions un peuple de lecteurs

En comparaison au reste du Canada, nous possédons,... (Photo Bernard Brault, Archives La Presse)

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En comparaison au reste du Canada, nous possédons, au Québec, moins de livres à la maison, moins de bibliothèques et souffrons plus de troubles de littéracie.

Photo Bernard Brault, Archives La Presse

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Alors que le Salon du livre de Montréal fête son 40e anniversaire, ce succès ne doit pas faire oublier le retard historique des Québécois en lecture. En comparaison du reste du Canada, nous possédons encore moins de livres à la maison, moins de bibliothèques et souffrons plus de troubles de littératie.

Bien sûr, on ne peut compter sur le gouvernement pour régler à lui seul ce trait culturel. Mais il pourrait tout de même tirer la population vers le haut, au lieu de se contenter de la gestion tranquille des « vraies affaires ».

Cette tradition ne date pas d'hier, comme le démontre l'histoire d'Andrew Carnegie. En 1903, ce richissime Américain veut offrir une bibliothèque publique francophone à Montréal. Il la construirait, puis la ville payerait les dépenses annuelles en exploitation. Cela enchante le maire Préfontaine, comme le raconte Mathieu Bélisle dans son essai Bienvenue au pays de la vie ordinaire*. Mais certains se battent contre le savoir. Il y a le clergé, méfiant face à cet étranger qui veut éveiller ses ouailles. Et il y a aussi l'opposition politique, qui juge la bibliothèque trop chère. Le vrai monde n'en veut pas, soutient-on. Carnegie a fini par construire ses bibliothèques ailleurs au Canada.

Hélas, cet anti-intellectualisme n'a pas tout à fait disparu. Le chef de l'opposition à la Ville de Québec, Jean-François Gosselin, a fait campagne cet automne en promettant de mettre fin à l'agrandissement « insensé » de la bibliothèque Gabrielle-Roy...

***

Bien sûr, d'immenses progrès ont été faits dans les dernières décennies. Depuis le premier Salon du livre en 1977, le nombre de livres publiés a triplé. Les ventes de livres ont aussi bondi. Et parmi le nombre de livres vendus, le pourcentage de titres québécois est passé de 15 % à 40 %.

Il ne manque donc pas de livres. Au contraire, le système d'aide incite les éditeurs à publier davantage de titres, en exemplaires limités, pour maximiser les subventions. D'ailleurs, le gouvernement Couillard vient de bonifier de deux millions de dollars son aide à l'industrie du livre.

Mais cette publication abondante ne règle pas le véritable problème : le manque de lecteurs.

Et l'époque n'aide pas. Depuis 10 ans, les Québécois lisent en moyenne trois livres de moins par année. À l'ère des distractions, du multitâche et de la pensée pataugeuse, se plonger dans un livre ressemble à un acte de résistance.

***

Nous ne voulons pas brosser un portrait trop sombre. Il y a des signes encourageants. Par exemple, notre réseau de bibliothèques se développe enfin depuis les années 2000, grâce entre autres au vaisseau amiral de la Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ). Il y a aussi de bonnes nouvelles chez les jeunes : les 15-24 ans sont le groupe d'âge parmi lequel on trouve le plus de gens qui lisent une fois par mois ou plus (67 %).

Mais le travail à faire reste énorme. Pour former les lecteurs de demain, il n'y a pas de recette miracle. Cela passe par la maison et l'école.

À la maison, en apprenant aux jeunes à lire pour le plaisir. Cette habitude se crée en lisant aux enfants en bas âge. Elle constitue un des principaux prédicteurs de la réussite scolaire. Et fait à noter, il n'y a pas de lien entre la lecture aux enfants et le revenu des parents**. Ce qui compte, c'est de valoriser la lecture.

Hélas, on ne peut pas trop compter sur notre gouvernement pour donner l'exemple. On n'a qu'à se rappeler les déclarations de l'ancien ministre de l'Éducation Yves Bolduc sur les enfants qui ne vont pas « mourir » à cause des bibliothèques dégarnies. Ou de la nouvelle ministre de la Culture, Marie Montpetit, qui a milité pour que sa circonscription ne soit plus nommée en l'honneur du poète et libraire Octave Crémazie.

D'ici la fin de son mandat, le gouvernement Couillard peut encore poser des gestes forts.

- Améliorer l'enseignement du français en améliorant les conditions de travail des profs. C'est la meilleure façon d'attirer les meilleurs candidats dans la profession. Une suggestion : inciter les syndicats à ne plus traiter les jeunes comme des bouche-trous, en laissant aux plus inexpérimentés les classes les plus difficiles.

- Imposer un nombre minimal d'heures de français au secondaire.

- Demander aux profs de français de s'inspirer de la liste de 150 oeuvres québécoises dressée par l'Union des écrivains lorsqu'ils choisissent les livres au programme.

La lecture devrait constituer une priorité prioritaire. Que ce ne soit pas encore une évidence révèle toute l'ampleur du problème.

* Bienvenue au pays de la vie ordinaire, Mathieu Bélisle, Leméac, 2017

** Selon l'Étude longitudinale du développement des enfants du Québec

ILS LISENT MOINS

Québécois qui lisent un livre papier au moins une fois par semaine

Francophones 41,4 %

Anglophones 49,7 %

Moyenne de livres lus dans la dernière année (excluant les lectures pour l'école ou le travail)

Francophones : 16,6

Anglophones : 21,4

LE RATTRAPAGE DES BIBLIOTHÈQUES

Malgré un rattrapage important, le retard n'a pas encore été comblé

Dépenses par habitant en bibliothèques

Québec

2002 28 $/habitant

2012 45 $/habitant

Ontario

2002 : 40 $/habitant

2012 : 49 $/habitant

Nombre de prêts par habitant

Québec

2002 6/habitant

2012 7/habitant

Ontario

2002 10/habitant

2012 10/habitant

Source : Bulletin Optique Culture, Observatoire de la culture et des communications du Québec

«Mais le grand nombre de livres publiés ne règle pas le véritable problème : le manque de lecteurs.»





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