L'ombre de Legault

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À moins d'un an des prochaines élections générales, le premier ministre du Québec Philippe Couillard renouvelle son conseil des ministres.

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Il existe plusieurs façons d'analyser un remaniement ministériel. Du point de vue du gouvernement, c'est une tentative de relancer des dossiers sensibles. Du point de vue du parti au pouvoir, c'est une tentative de changer d'image. Hier, on sentait surtout la deuxième stratégie.

À moins d'une année des prochaines élections, le premier ministre a offert son premier discours électoral hier et il semblait réagir à son principal adversaire, du moins à l'heure actuelle : la Coalition avenir Québec (CAQ).

M. Couillard essayait de se définir en opposition au chef caquiste tout en courtisant le même électorat. Quand le premier ministre prétend incarner «l'optimisme», c'est pour contraster avec le «négativisme», dit-il, du discours du chef caquiste François Legault. Mais en même temps, il reprend les priorités de la CAQ en parlant de plus en plus des jeunes familles (garderies, supercliniques, conciliation travail-famille) et du fardeau fiscal - d'ailleurs, on sent qu'une promesse mijote...

Reste que cela ne suffit pas. Le gouvernement Couillard a noté la défaite de Stephen Harper en 2015 face à la jeune équipe de Justin Trudeau, et il constate que l'usure du pouvoir et les fantômes de l'ère Charest créent une soif de changement. D'où sa décision de rajeunir son visage.

La moitié des ministres viennent encore de l'ère Charest, rappelait hier l'opposition. C'est vrai, mais les ministères névralgiques sont toutefois dirigés par des libéraux élus après 2012 (Carlos Leitão, Martin Coiteux, André Fortin, Hélène David, David Heurtel, Marie Montpetit, Isabelle Melançon) ou par d'anciens adéquistes et caquistes (Sébastien Proulx, Gaétan Barrette et Dominique Anglade).

Quel impact?

Voilà pour les stratégies. S'il faut les déconstruire, c'est pour mieux voir ce qui se cache en dessous. Car au-delà des greffes de visage et des promesses de «transformation», ce qui devrait importer, c'est de savoir ce qui changera pour l'économie, l'éducation, la santé, l'environnement, la culture ou la justice sociale.

Alors, quel sera l'impact dans les politiques publiques? Difficile de tirer des conclusions après le discours de M. Couillard, car il a promis un peu de tout, pour tout le monde... Par exemple, il parle de mobilité durable tout en vantant le projet de troisième lien routier à Québec et le prolongement de l'autoroute 19!

Difficile aussi de tirer des conclusions à partir du jeu de chaises musicales.

Le premier trio du gouvernement ne change pas (Finances, Santé et Éducation), tandis que Pierre Moreau et Pierre Arcand s'échangent leur ministère (Conseil du trésor et Ressources naturelles). Par contre, le deuxième trio est chamboulé par une nouvelle génération : André Fortin (Transports), Isabelle Melançon (Environnement) et Marie Montpetit (Culture). Mais l'analyse générationnelle a ses limites; il existe de jeunes vieux et des aînés audacieux, de vieux gaffeurs et des recrues aux reins solides. Il faudra leur donner une chance.

Pour le reste, le remaniement donne autant de raisons d'espérer que de s'inquiéter. Voici les principales :

TRANSPORTS

Alors qu'il n'a jamais été ministre, André Fortin hérite de l'immense machine des Transports. Peut être que sa fougue aidera à brasser la cage, mais on attend encore de voir le mandat que lui confiera le premier ministre. Resserrer la gestion des grands travaux? Prioriser la mobilité durable ou les autoroutes? Sans un mandat clair, il lui manquera de temps et de légitimité pour dompter ce mammouth.

CONTRATS PUBLICS

Lorsqu'il était ministre des Transports, Robert Poëti a engagé une enquêteuse privée, sans mandat du gouvernement. Au lieu de faire le ménage, il a semé la paranoïa dans une machine déjà opaque. Fera-t-il mieux en tant que ministre délégué à l'Intégrité des marchés publics et aux Ressources informationnelles? Pour cela, il faudra lui confier de réels pouvoirs. Sinon, il risque de n'être qu'une mascotte de l'Intégrité. Seule certitude : en le réintégrant au conseil des ministres, M. Couillard l'empêche de nuire en le critiquant de l'extérieur.

DISCRIMINATION SYSTÉMIQUE

David Heurtel arrive comme un lanceur de relève en fin de match. Il est trop tard pour annuler ou réformer en profondeur la consultation sur la discrimination systémique, dont les travaux sont déjà commencés. Son mandat sera de limiter ce dérapage politique. Et, espérons-le, arriver avec de réelles propositions constructives pour les groupes minoritaires.

CULTURE

Après des débuts laborieux, Luc Fortin s'est rapproché du milieu culturel en le défendant contre les égarements de Mélanie Joly. M. Couillard le remplace alors qu'il était sur le point de déposer sa nouvelle politique culturelle. La rumeur veut que M. Fortin convoitait de nouvelles fonctions, mais on voit mal comment ce changement de dernière minute sert la culture.

Comme députée, Marie Montpetit voulait débaptiser sa circonscription, pour honorer Maurice Richard au lieu du poète Octave Crémazie. Mme Montpetit, diplômée en piano et en chant, aura une nouvelle chance de prouver sa sensibilité à la culture.




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