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À Séoul, en Corée du Sud, une émission... (AFP, Jung Yeon-Je)

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À Séoul, en Corée du Sud, une émission de télévision décrit les récents développements de la joute verbale qui oppose le leader nord-coréen Kim Jong-un au président américain Donald Trump.

AFP, Jung Yeon-Je

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Paul Journet

Éditorialiste

La Presse

C'est la question à 1 million de vies humaines : comment réagir aux menaces nucléaires de la Corée du Nord ? La proposition de Donald Trump n'est pas la plus rassurante. Les États-Unis y répondront par « le feu et la fureur », avec une force « que le monde n'a jamais vue ».

Ces menaces, le président les a proférées la semaine du 72e anniversaire des bombes larguées sur Hiroshima et Nagasaki, des attaques qui étaient déjà elles-mêmes assez costaudes...

Cela dit, il est plus facile de trouver les pièges que les solutions avec la Corée du Nord. Le principal piège est bien sûr celui de l'escalade.

Le président s'en est approché, du moins dans la rhétorique. Sa déclaration n'était pas scriptée ni cohérente avec ce que soutient son entourage. Pendant que le pauvre secrétaire d'État Rex Tillerson assurait que les Américains ne voulaient pas attaquer Pyongyang ni dégommer son dictateur, M. Trump laissait entendre exactement le contraire.

La menace était toutefois sibylline. On ignore à quoi référait exactement le président : à un projet d'attaque précis ou à la simple capacité de mener une telle attaque ? Chose certaine, sa menace survenait après la fuite d'un rapport officiel qui estimait que Pyongyang avait miniaturisé des armes atomiques, ce qui pourrait bientôt leur permettre d'être lancées par missile intercontinental et frapper l'Amérique. La fin de semaine dernière, son conseiller à la Sécurité nationale H.R. McMaster avançait d'ailleurs que le président jugeait un tel scénario « intolérable ».

La Corée du Nord a poursuivi cette escalade en parlant d'une attaque possible contre Guam, une île au milieu de l'océan Pacifique qui abrite des bases américaines navales et aériennes.

Le président a-t-il tracé une ligne rouge ? S'il l'a fait, ce ne serait pas une première. En janvier dernier, il réagissait ainsi au scénario d'un missile intercontinental nord-coréen pouvant atteindre les États-Unis : « Ça n'arrivera pas ! » Depuis, Pyongyang continue de tout faire en sorte pour que cela arrive...

Il y a toutefois des limites à blâmer M. Trump. Depuis les années 90, ses prédécesseurs ont tout essayé : la diplomatie, les sanctions et les menaces.

Ni le bâton ni la carotte n'ont fonctionné. La Corée du Nord a réalisé cinq essais nucléaires et de nombreux tests de missiles. Et elle s'approche maintenant de son objectif, estime le directeur du Centre de non-prolifération nucléaire de l'Asie de l'Est.

Que faire, alors ? Ne pas jeter d'huile sur le feu serait un bon début.

M. Trump s'est déjà vanté de son imprévisibilité, qui mettrait ses ennemis sur leurs gardes. Il n'est pas le premier à le prétendre. Des théoriciens ont déjà comparé un conflit nucléaire à deux ennemis attachés ensemble au bord d'un précipice. Aucun n'a intérêt à pousser l'autre en bas... Cette menace mutuelle crée une certaine stabilité. D'où l'intérêt à paraître imprévisible, voire irrationnel : c'est la seule façon de faire croire à son rival qu'on pourrait mettre à exécution la menace suicidaire.

Tout cela est bien beau sur papier. Mais cela génère d'épouvantables risques. Surtout avec le régime nord-coréen qui s'accroche au nucléaire pour se protéger contre ses ennemis, à l'interne et à l'international. Le nucléaire a une charge existentielle pour Pyongyang.

Et à plus court terme, cette imprévisibilité - qu'elle soit volontaire ou non - pourrait aussi compliquer les relations avec la Chine, l'autre grand interlocuteur du conflit.

Pour l'instant, le front commun tient bon. Les États-Unis ont réussi à faire adopter à l'ONU, par un vote unanime, des sanctions économiques contre Pyongyang. La Chine maintient ses trois priorités, soit « pas de guerre, pas d'instabilité, pas de nucléaire ». Reste que pour le troisième objectif, il pourrait bientôt être trop tard.

C'est devenu un cliché de le dire, mais il ne semble pas y avoir de bonnes options avec la Corée du Nord. Par contre, il n'est pas pour autant nécessaire de bomber le torse avec un tel enthousiasme. Et ce, même si les morts d'un conflit seraient probablement à quelques milliers de kilomètres de sa chambre à coucher.




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