Français au cégep: revenir à la base

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Bonne ou mauvaise nouvelle, les inscriptions augmentent dans les cours de mise à niveau en français au cégep.

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Toutes les matières ne se valent pas à l'école. Le français mérite une attention spéciale, car c'est à partir de lui que se construit la connaissance. Il est difficile en effet de penser sans mots, difficile d'apprendre la biologie ou l'histoire quand on ne peut décoder les phrases dans son manuel.

Or, la récente politique de réussite éducative reste plutôt chiche en propositions concrètes. Son diagnostic est précis et ses objectifs sont ambitieux, mais il manque de chair autour du squelette. Pourtant, les récentes données sur les cégeps démontrent que beaucoup reste à faire.

Même si le nombre d'élèves au cégep reste stable, les inscriptions continuent d'augmenter dans les cours de mise à niveau en français.

Selon les données du Journal de Québec, la hausse était de 8 % l'année dernière et de 50 % dans la dernière décennie.

Certes, ces chiffres doivent être interprétés avec prudence. Il s'agit à la fois d'une bonne et d'une mauvaise nouvelle.

Cela s'explique d'abord par le fait que le portrait des élèves change. Par exemple, de plus en plus d'élèves en difficulté réussissent à obtenir un diplôme d'études secondaires et à accéder au cégep - de 2009 à 2014, le nombre a bondi de 700 %. On peut autant s'inquiéter de l'explosion des diagnostics que se réjouir que ces jeunes soient plus nombreux à persévérer jusqu'au cégep.

La hausse s'explique aussi par la vigilance des cégeps eux-mêmes. Les cours varient d'un établissement à l'autre. Certains les rendent optionnels, d'autres les exigent pour les élèves qui ont obtenu une moyenne trop basse. C'est entre autres le cas du cégep de Rosemont qui impose le cours d'appoint aux nouveaux élèves qui ont terminé leur secondaire avec une moyenne inférieure à 65 %.

C'est dans l'intérêt des élèves de les suivre, car depuis les années 90, le diplôme au cégep est conditionnel à la réussite de l'épreuve ministérielle de français. Et bien sûr, l'élève qui ne maîtrise pas le français éprouvera des difficultés dans l'ensemble de ses cours.

Mais la hausse des inscriptions pourrait aussi s'expliquer par des ratés de notre système scolaire.

Des enseignants rapportent que les évaluations au secondaire seraient trop laxistes, que la réforme nuirait aux jeunes en difficulté et que la formation universitaire des maîtres laisserait à désirer.

Ces hypothèses sont difficiles à confirmer. Mais on sait par contre qu'en termes d'heures, le français est négligé. C'est vrai pour les aspirants professeurs à l'université, où le nombre de cours en didactique du français varie selon leur faculté. Et c'est aussi vrai pour les élèves au secondaire, où on n'exige pas un nombre minimal d'heures pour cette matière, au grand dam de l'Association québécoise des professeurs de français.

Le ministre Proulx préfère laisser les écoles décider, au nom du respect de leur autonomie. On comprend le principe, mais cette autonomie devrait s'inscrire dans un minimum de vision d'ensemble. Le français est parfois comprimé dans l'horaire à cause de deux tendances : les écoles publiques qui concurrencent le privé en offrant un programme spécialisé, et les pressions de différents lobbys pour ajouter des cours comme celui sur l'éducation financière. À cela s'ajoute l'anglais intensif à la fin du primaire, au sujet duquel le Conseil supérieur de l'éducation a émis des réserves. On ne peut pas tout prioriser en même temps.

Pendant ce temps, des pressions existent pour ne plus soumettre tous les cégépiens à l'épreuve ministérielle de français. Le rapport Demers l'a recommandé en 2014, et la Fédération des cégeps y réfléchit aussi.

Avant de baisser la barre en fin de parcours, il faudrait s'assurer de bien former les jeunes en amont.

Le ministre Proulx l'a bien compris. Il rappelle avec raison que la bataille se joue avant le secondaire, dès la petite enfance. Rester à ajouter des ressources et surtout à alléger la bureaucratie, afin de raccourcir l'interminable délai entre le signalement d'un trouble et l'intervention d'un spécialiste.

Mais pour cette intervention en amont tout comme pour l'enseignement du français au primaire et au secondaire, on attend encore que la vision du ministre débouche sur autre chose que des souhaits.

«14 988

Nombre de cégépiens inscrits en 2015-2016 à un cours de mise à niveau»





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