Le vortex décisionnel du MTQ

« Le ministère est divisé en 13 territoires, et... (PHOTO ANDRÉ PICHETTE, ARCHIVES LA PRESSE)

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« Le ministère est divisé en 13 territoires, et c'est dans ces divisions que sont accordés la très grande majorité des contrats », explique Paul Journet.

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Paul Journet

Éditorialiste

La Presse

Le ministère des Transports du Québec (MTQ) est habituellement dépeint en énorme machine centralisée qui macère dans son inaction. La réalité est toutefois plus complexe, et il ne s'agit pas d'une bonne nouvelle.

Comme le démontre le nouveau rapport de la vérificatrice générale, le MTQ gère encore mal ses contrats. Elle ne se penchait pas sur les possibles malversations - ce sera fait dans un prochain rapport. Mais elle conclut que la gestion bordélique empêche à tout le moins de bien sélectionner les projets et de contrôler leur coût. Cela n'a rien de rassurant, car le MTQ est le ministère qui accorde le plus de contrats - en 2015-2016, leur valeur s'élevait à 1,6 milliard.

Or, ce bordel ne découle pas de la centralisation. Au contraire, le ministère est divisé en 13 territoires, et c'est dans ces divisions que sont accordés la très grande majorité des contrats.

Ce n'est pas non plus à cause du manque de suivi. La vérificatrice générale observe plutôt l'inverse. Depuis le début de la décennie, on compte une dizaine de rapports externes et internes sur la gestion des contrats. Chaque fois, on nomme un problème. Et chaque fois, le ministère répond avec un « processus ».

Un manque de suivi dénoncé ? Hop, on ajoute une couche de vérification. En vertu de cette logique bureaucratique, on répond dans l'immédiat à la critique, en faisant quelque chose. Mais on ne prend pas le temps de vérifier si ces « quelque chose » additionnés forment un tout cohérent et efficace.

Est-ce le cas ? Selon le dernier rapport de la vérificatrice générale, la réponse serait non. Elle a observé un inquiétant paradoxe.

Plus on ajoute des briques à cet édifice de reddition de comptes, plus on ajoute des fissures dans lesquelles l'insouciance peut se faufiler.

Plus on nomme de responsables, plus on dilue la responsabilité de chacun, et plus il devient difficile de savoir qui, exactement, a le dernier mot.

C'est un pensez-y bien pour le prochain rapport, et celui qui le suivra, et les autres aussi.

***

Faire virer ce paquebot est un défi redoutable, on le reconnaît. Mais il y a des choses très simples qu'on pourrait faire maintenant.

D'abord, renflouer l'expertise au MTQ. Après le rapport Duchesneau en 2011, Québec promettait d'engager 1000 ingénieurs et autres spécialistes, mais on n'a atteint que la moitié de la cible. En engager plus aidera, et ce, peu importe l'organigramme.

Ensuite, il faudrait avoir un ministre compétent... L'ex-ministre Robert Poëti était bien intentionné, mais pour faire le ménage au MTQ, il a nommé une enquêteuse privée qui ne relevait pas de l'exécutif - bref, une espionne sans véritable légitimité, ce qui n'a fait qu'aggraver le dysfonctionnement à l'interne. Son successeur Laurent Lessard passe quant à lui trop de temps à éteindre des feux, quand il ne les allume pas lui-même.

Cela ne permet pas d'optimiser le « processus »...




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