Formé ailleurs, boudé ici

« Il faudrait donner la priorité aux candidats qui... (Photo Martin Chamberland, Archives La Presse)

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« Il faudrait donner la priorité aux candidats qui ont étudié ou travaillé au Québec, ou qui détiennent un diplôme étranger dans un métier demandé », propose Paul Journet.

Photo Martin Chamberland, Archives La Presse

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Il y a juste assez de responsables de l'échec de l'intégration des immigrants au marché du travail pour que personne n'en assume la responsabilité. Pour les entreprises, les ordres professionnels et le gouvernement, le gazon semble toujours moins vert chez le voisin... Chacun devra apprendre à regarder aussi dans sa cour.

 

Hier, nous exposions l'alarmant taux de chômage des nouveaux arrivants dans le Grand Montréal. Même s'ils sont plus diplômés que le reste de la population, ils demeurent moins embauchés. Et cet écart est plus grand à Montréal que dans les autres villes nord-américaines.

La solution passe d'abord par la sélection et la francisation.

Pour le choix, il faudrait donner priorité aux candidats qui ont étudié ou travaillé au Québec, ou qui détiennent un diplôme étranger dans un métier demandé. Et pour l'intégration, il faut mieux offrir et promouvoir les cours de francisation. Ces efforts risquent toutefois d'être annulés si l'anglais devient un substitut au français, ou une deuxième langue requise.

Tout cela est nécessaire, mais non suffisant. Car même si un immigrant parle français et possède un diplôme, il se présente au bâton avec une prise. La raison : sa formation scolaire ou professionnelle n'est pas reconnue. La procédure ressemble trop souvent à un chemin de croix. Pour s'en convaincre, on n'a qu'à regarder chez les gens nés au Québec qui ont étudié à l'étranger - eux aussi peinent à se faire embaucher.

***

Pour les professions régies par un ordre (médecins, architectes, ingénieurs, etc.), le bilan s'améliore. Depuis deux décennies, le nombre de dossiers qu'ils traitent a quintuplé. Et en même temps, leur taux d'efficacité a augmenté (de 30 % à 6 % de refus). Il est vrai que ce taux cache le problème des délais. Mais les ordres n'ont pas tort d'accuser l'État et les établissements d'enseignement, qui n'offrent pas assez de cours. Par exemple, on apprenait cet automne que le Québec se prive de 400 infirmières, qui attendent en vain leur mise à niveau.

Même s'ils ont raison de s'en plaindre, les ordres ne sont pas sans reproche. Des médecins et vétérinaires d'origine française ont dénoncé plus tôt cette année le « corporatisme » qui retarde leur embauche. Et on parle ici d'immigrants assujettis à l'entente France-Québec, censée être le modèle à suivre. On peut imaginer qu'ailleurs, c'est pire.

Pour s'assurer que le contrôle de la formation ne se transforme pas en blocage, le gouvernement Couillard propose d'élargir les pouvoirs du jeune poste de commissaire aux plaintes des ordres professionnels. Mais cela ne fera rien pour les cas, beaucoup plus nombreux, de métiers non régis par un ordre professionnel.

Il n'est pas normal qu'en construction, le Québec soit la province hors des Maritimes qui embauche le plus faible taux d'immigrants.

Sélectionner des immigrants qualifiés pour un métier demandé aiderait assurément. Mais il semble y avoir un autre obstacle, une certaine méfiance chez les employeurs. Une réticence à engager ceux qu'on a pourtant invité à venir s'intégrer chez nous.

Dans son étude publiée cette semaine, l'Institut du Québec a fait une proposition qui ne fera pas consensus : donner la priorité aux candidats diplômés d'un pays avec un système d'éducation de qualité. Si Québec n'est pas d'accord, il devra s'assurer que tous les moyens sont pris pour compléter la formation des immigrants, afin de les intégrer au marché du travail. Sinon, l'immigration ressemblera à un mirage. À une promesse brisée.




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