De l'hommage au racisme

« L'année dernière, une cour fédérale américaine a retiré... (MARK DUNCAN, ARCHIVES ASSOCIATED PRESS)

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« L'année dernière, une cour fédérale américaine a retiré aux Redskins les droits sur leur nom, car on ne peut pas breveter le racisme », écrit l'auteur.

MARK DUNCAN, ARCHIVES ASSOCIATED PRESS

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On s'imagine mal des milliers de fans hurler « Go les Juifs ! » ou « Go les Chinamen ! ». Alors pourquoi serait-ce acceptable de le faire avec les « Indians » de Cleveland dans la Série mondiale qui s'amorce ? Cela mérite une explication...

Pour les Indians, il n'y en a pas vraiment de bonne. Mais cela ne signifie pas qu'il faille éliminer toutes les références aux Premières Nations dans les équipes sportives. Une telle chasse aux logos serait absurde, car elle effacerait une mémoire sous prétexte de la respecter.

Selon le Congrès national des Indiens d'Amérique, la majorité (environ 2000 sur 3000) des références offensantes ont été retirées des équipes amateures et professionnelles depuis 1980. Parmi les plus controversées qui restent, il y a les Redskins de Washington (football) et les Indians de Cleveland (baseball). Et dans les deux cas, la pression augmente.

L'année dernière, une cour fédérale américaine a retiré aux Redskins les droits sur leur nom, car on ne peut pas breveter le racisme. Ils ont donc perdu le monopole sur leurs lucratifs produits dérivés. Même si on peut débattre de l'origine historique du terme et des intentions de l'équipe au moment de se baptiser ainsi en 1933, une chose reste indéniable : le terme Peau-Rouge est devenu une insulte.

Quant aux Indians, des commentateurs refusent désormais de les appeler par leur nom. La semaine dernière, une injonction a été demandée - puis refusée - pour bannir le logo et le nom lors de la demi-finale des ligues majeures à Toronto.

Ce logo, vieux de 101 ans, montre le souriant chef Wahoo, un personnage de bande dessinée. C'est donc une caricature d'une caricature. Et baptisée d'un terme générique qui ne symbolise rien, à part les préjugés des premiers colons.

Bien sûr, un nom d'équipe n'est pas un poème ou une dissertation. On cherche un symbole, ce qui rapproche inévitablement du cliché. Et dans la petite guerre codifiée du sport, ce symbole doit exalter la bravoure. Voilà pourquoi existent les Buccaneers, les Vikings et les Fighting Irish. Rien de subtil ou pacifiste.

Alors quel est le problème avec les Indians ? Le léger bagage historique... Les Premières Nations ont été victimes d'un génocide culturel. Après avoir tué une culture, on l'attaque une deuxième fois en la déformant jusqu'au ridicule.

Cela donne parfois lieu à d'étranges affrontements. Quand les Cowboys jouent contre les Redskins, ou les Chiefs contre les Bills, on croirait assister à un vieux western hollywoodien. Et comme d'habitude, le groupe dit « sauvage » est celui qui a été massacré avec le plus de rigueur.

***

Cela ne justifie toutefois pas de crier à l'appropriation culturelle dès qu'une référence autochtone apparaît sur un chandail.

Il existe des modèles positifs, comme l'Université de Floride. En 2005, la NCAA interdisait les noms « racistes » lors des championnats universitaires. Une des 17 équipes ciblées, les Seminoles de Floride, a toutefois obtenu une dérogation. Car elle avait un appui convaincant, celui des Seminoles eux-mêmes.

L'université a choisi le nom d'une nation installée en Floride, et non une insulte. La cérémonie d'avant-match rend d'ailleurs hommage à un véritable personnage historique, le chef Osceola (1804-1832). Et surtout, l'université consultait les Seminoles. Cela lui a entre autres permis de retirer les gênants bonnets ou plumes que la nation ne portait pas.

Autre contre-exemple, les Blackhawks de Chicago. Les critiques qu'ils subissent parfois ne sont pas justifiées. Le nom réfère à la 86e division d'infanterie, qui elle-même référait à un chef sauk. Black Hawk a combattu les soldats américains qui ont volé ses terres, avant d'être emprisonné en 1832. On l'a ensuite paradé aux États-Unis avec son fils, pour mieux l'acculturer. Mais au grand dam de Washington, c'étaient plutôt les badauds qui étaient fascinés par la culture sauk. Cette histoire, plusieurs partisans de Chicago ne la connaissent probablement pas. Mais ce n'est pas en effaçant les traces qu'il en reste qu'on respectera les Sauks.

Cela mène à l'étrange paradoxe de l'appropriation culturelle. Au nom d'un discours inclusif, on interdit les emprunts et métissages. Ces tabous fossilisent la culture et l'empêchent d'évoluer. Et ce jugement se fait parfois à distance, par des urbains qui n'ont interagi avec personne d'autre que Google...

Les noms autochtones devraient être acceptés s'ils ne réfèrent pas à une insulte ou à un stéréotype qui noie une culture dans le cliché. Mais si l'équipe désigne un réel groupe ou personnage historique, et si elle en consulte les descendants, l'hommage devrait être salué.

Heureusement, des Premières Nations prennent elles-mêmes l'initiative de corriger les maladresses. Il existe à cet égard un modèle à suivre, et il vient de chez nous. En 2015, une promotion des Cataractes de Shawinigan dépeignait leurs joueurs en guerriers. Au lieu de crier au racisme, le Conseil de la nation Atikamekw a tendu la main. Leur message : merci de voir en nous un symbole de courage, mais votre caricature est un peu trop hollywoodienne. Avant votre prochaine campagne, appelez-nous. Et pour créer des ponts, pourquoi ne pas repêcher un petit atikamekw ?

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