Parti conservateur : le détecteur à valeurs

La candidate à la direction du Parti conservateur... (Photo Sean Kilpatrick, archives La Presse Canadienne)

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La candidate à la direction du Parti conservateur Kellie Leitch propose d'utiliser un filtre à « valeurs anti-canadiennes ». Une solution à la fois inapplicable et injustifiable, juge Paul Journet.

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Il y a maintenant un peu de science-fiction dans la course à la direction du Parti conservateur. La candidate Kellie Leitch propose d'utiliser un détecteur à pensée, un filtre à « valeurs anti-canadiennes » auquel les immigrants devraient se soumettre.

Elle a été rabrouée avec raison par ses adversaires et même par la chef intérimaire conservatrice. Car ce qu'elle propose est à la fois inapplicable et injustifiable.

En 2015, alors ministre, Mme Leitch avait lancé une ligne téléphonique pour dénoncer les « pratiques culturelles barbares », sans même prévenir la GRC. Il existait pourtant déjà un numéro, assez connu, à composer en cas de crime : le 9-1-1. Les conservateurs ont trop souvent réfléchi ainsi en majuscules, en cherchant plus une posture vendeuse qu'une solution.

Le gouvernement doit éviter autant la langue de bois que la rhétorique incendiaire.

Avec son nouveau test des valeurs, Mme Leitch échoue encore une fois à trouver cet équilibre.

L'objectif du test : filtrer les nouveaux arrivants qui menaceraient les valeurs canadiennes, comme l'égalité des sexes ou la tolérance par rapport à la religion et à l'orientation sexuelle d'autrui. Cela rappelle le nouveau test des valeurs que propose la Coalition avenir Québec (CAQ).

Le premier problème de tels tests, c'est leur inutilité. Mme Leitch dit que cela rendrait le pays plus sécuritaire. Or, si un djihadiste est capable de poser une bombe, il peut aussi dire un petit mensonge... Le questionnaire ne ferait qu'ajouter une couche inefficace de bureaucratie, alors que le renseignement policier est déjà débordé par les nombreux dossiers de potentiels djihadistes.

L'autre problème réside dans l'utilisation du terme « valeurs ». Il entretient une confusion sur ce qui cimente notre société. Notre démocratie libérale ne réside pas sur un ensemble de valeurs partagées - d'ailleurs, comment définir les valeurs canadiennes ? Elle repose plutôt sur un ensemble de droits et principes qui permettent à chacun de vivre selon ses valeurs et sa propre conception du bien. Le Parti québécois avait alimenté cette confusion, en passant d'une charte de la laïcité - une idée tout à fait légitime - à une désolante charte des « valeurs ». Mme Leitch refait la même erreur.

Bien sûr, il est normal qu'un État sélectionne ses immigrants économiques en fonction de certains critères, comme leur diplôme ou leur maîtrise de la langue publique commune. Et il est aussi normal de rappeler que les immigrants ont à la fois des droits et des devoirs, à commencer par obéir à la loi, qui protège l'égalité des sexes. Mais le respect effectif de la loi ne se vérifie pas en amont avec un bancal test de pensée.

***

On insiste, ce refus de « valeurs communes » n'équivaut pas à tout accepter. Cela ne doit pas mener à une approche étroitement juridique, ni au relativisme.

Parfois, les principes et les droits s'affrontent, et un arbitrage est nécessaire.

Nous avions d'ailleurs appuyé l'interdiction du voile intégral lors des cérémonies de citoyenneté canadienne. Sur le fond, le gouvernement Harper avait raison d'exiger que les candidats montrent symboliquement leur visage avant d'entrer dans la famille canadienne. Même chose pour l'encadrement attendu des accommodements religieux au Québec.

Parfois, les valeurs elles-mêmes peuvent être critiquées. Par exemple, l'intégrisme religieux n'est pas qu'une couleur de plus dans l'arc-en-ciel de la diversité. Au-delà des motivations complexes qui peuvent pousser certaines femmes à porter le voile intégral, il ne faut pas perdre de vue le portrait d'ensemble : c'est un marqueur de séparation de l'islam politique qui bafoue l'égalité des sexes.

Or, des mesures criardes et simplistes comme les tests de valeurs de la CAQ ou de Mme Leitch ne régleront en rien le problème. Leur solution est inapplicable et ratisse si large qu'elle paraît cibler l'ensemble des musulmans et des étrangers. Cette rhétorique de pyromane servira ceux qui crient à l'islamophobie pour mieux recruter des fidèles.

Le véritable courage politique consiste à oser dire que les solutions ne sont pas simples, et utiliser le bon ton pour les trouver.

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