Jeux de Rio: plus gros, plus déficitaires, plus ridicules

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« Un parcours a été construit dans une réserve naturelle pourtant protégée », explique Paul Journet.

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Le golf rend service aux Jeux olympiques en exposant depuis quelques semaines leur ridicule.

Après 112 ans d'absence, le sport devait faire son grand retour aux Jeux cet été. Or, les vedettes restent chez elles. Six des 10 meilleurs joueurs au monde se sont désistés, par peur du virus Zika ou par simple manque d'intérêt. C'est le cas de Rory McIlroy, concurrent le plus connu. S'il ouvre son téléviseur, ce sera pour voir l'athlétisme ou la natation, « les disciplines qui comptent », a-t-il avoué.

Des athlètes d'autres sports se sont moqués, non sans raison, des lamentards millionnaires du golf. Mais le problème n'est pas qu'ils refusent de venir. C'est qu'on les ait invités.

Le golf n'a aucune tradition olympique. Les tournois importants sont les quatre tranches du Grand Chelem, où chacun joue pour soi. Il existe aussi un tournoi par équipes (coupe Ryder), riche de plusieurs décennies d'histoire, que les Olympiques n'égaleront pas.

Le Comité international olympique (CIO) a malgré tout tenté une étrange greffe. Certes, elle plaira aux fans et offrira une vitrine bienvenue au golf féminin. Mais en le replaçant dans le contexte plus général des Jeux, on réalise qu'elle sera nuisible. En fait, cette greffe incarne tout ce qui a transformé le rêve olympien en cauchemar pour les contribuables des pays hôtes.

Le baron de Coubertin, père du mouvement, souhaitait que le sport contribue au « développement harmonieux de l'humanité ».

Mais la caste du CIO s'intéresse particulièrement au développement des marchés télévisés et publicitaires. Elle le fait en multipliant les compétitions et des exigences capricieuses, dont le golf n'est que le dernier exemple.

Rio comptait déjà un parcours convenable, classé 100e au monde (hors États-Unis)*. Il ne satisfaisait toutefois pas les autorités, qui ont attendu que Rio gagne la candidature avant de le dire...

Un nouveau parcours a donc été construit, dans une réserve naturelle pourtant protégée. Le privé l'a financé, en échange d'un cadeau - des terrains exceptionnels pour ériger 23 tours de condos de luxe, qui dépassent de quatre fois la hauteur permise par le règlement municipal.

Si les Brésiliens n'utilisent pas ce parcours, il aura « été bâti pour rien », confiait son surintendant en octobre dernier au Washington Post. Or, le pays n'a pas de tradition golfique, et en pleine récession, peu de résidants locaux auront assez d'argent pour s'offrir une ronde. Bref, « rien » est la réponse la plus plausible à l'interrogation du surintendant. Et dans ce cas-ci, « rien » a été obtenu en échange d'un terrain valant des dizaines de millions.

***

Les Jeux de Rio devraient coûter au moins 14 milliards. À titre de comparaison, en dollars constants, la facture totale des Jeux de Londres en 1948 ne dépassait pas 30 millions. À Rio, cette somme ne permettra de payer que le parcours de golf. Boston prévoyait dépenser la même chose en 2024 uniquement pour le canoë slalom, avant d'abandonner sa candidature.

Les déficits sont devenus la règle plutôt que l'exception, si bien que les démocraties ne réussissent plus à les faire accepter par leurs électeurs. Pour les Jeux de 2022, il n'y a eu que deux candidatures : la Chine et le Kazakhstan.

Les Jeux offriront cet été encore de remarquables exemples de l'esprit olympien, du dépassement de soi et du triomphe par la sueur et la souffrance. Il y aura aussi encore les épisodes de fierté nationale éphémère. Mais après cette fièvre de deux semaines, il restera surtout en souvenir des montagnes de déficits et de possibles éléphants blancs. Les golfeurs comme Rory McIlroy n'avaient pas besoin de les obésifier encore plus.

* Selon le classement de Golf Digest des 100 plus beaux parcours à l'extérieur des États-Unis.

** Circus Maximus : The Economic Gamble Behind Hosting the Olympics and the World Cup, Andrew Zimbalist, Brookings Institution Press, 2015.

Going for the Gold - The Economics of the Olympics, de Robert A. Baade et Victor A. Matheson, publié dans le Journal of Economic Perspective, printemps 2016.

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