Éditorial

Les misères de l'Est

« L'Est souffre de deux maux. Les projets sont reportés... (Photo Martin Chamberland, archives La Presse)

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« L'Est souffre de deux maux. Les projets sont reportés sans cesse. Et quand on finit par les construire, ils sont si bâclés qu'on regrette de ne pas les avoir reportés encore un peu... », écrit Paul Journet.

Photo Martin Chamberland, archives La Presse

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Avoir une bonne mémoire n'est pas toujours recommandé pour la santé mentale. Cela explique la frustration de l'est de Montréal à la suite du mégaprojet de la Caisse de dépôt.

Depuis deux décennies, on n'en finit plus de confirmer le prolongement de la ligne bleue vers Anjou. C'est devenu un projet en forme de sabot de Denver. Il reste au point mort pendant que les factures des études s'empilent. Puis la semaine dernière, l'emballant réseau électrique métropolitain (REM) est apparu à vive allure dans le rétroviseur...

Il passera par trois points cardinaux : le sud, le nord et l'ouest.

L'est de l'île reste ainsi négligé, mais la Caisse n'est pas responsable du problème. Et ce n'est pas non plus à elle de le régler.

La société d'État ne fait que réaliser le mandat confié par le gouvernement Couillard : développer un lien nord-sud sur le nouveau pont Champlain, et un lien vers l'ouest qui passera par l'aéroport Trudeau. Des tronçons déjà étudiés et attendus depuis longtemps.

Il serait fastidieux de greffer ce projet à ceux que l'Est attend, soit la fin de la ligne bleue et le service rapide par bus sur Pie-IX (SRB). Il s'agit en effet de technologies distinctes, qui auraient nécessité trois projets parallèles. La Caisse réalise déjà un des plus gros projets de la planète. Souhaite-t-on vraiment y greffer ces chantiers majeurs, sous un mode de financement jamais testé chez nous ?

***

L'Est souffre de deux maux. Les projets (métro, SRB) sont reportés sans cesse. Et quand on finit par les construire (train de l'Est), ils sont si bâclés qu'on regrette de ne pas les avoir reportés encore un peu...

Dans les deux cas, la cause reste la même : trop de décideurs, et zéro vision d'ensemble. Les élus commencent par la conclusion, en retenant un projet pour des raisons arbitraires, puis commandent des études pour les justifier. Et à chaque élection, on recommence.

Ce bordel a créé le train de l'Est. Le service est trop lent et trop rare pour concurrencer l'automobile. Et le tracé passe trop au nord pour desservir les citoyens d'Anjou et Montréal-Est. Résultat : un train de 670 millions qui ne transporte que 6500 passagers par jour. On en prévoyait deux fois plus.

Ce bordel a aussi créé la saga du SRB. À chaque modification du projet, il fallait réobtenir l'accord de Montréal et Laval ainsi que de leurs sociétés de transport respectives et de l'Agence métropolitaine de transport (AMT), sans oublier chaque arrondissement. C'était une tempête parfaite de bureaucratie et d'électoralisme.

Ce cauchemar devrait prendre fin avec la création imminente du successeur de l'AMT, une agence formée d'une majorité d'experts indépendants, qui planifiera désormais le développement du réseau dans le grand Montréal.

Il est toutefois ironique que Québec crée cette agence en même temps qu'il délègue une partie du travail de planification à la Caisse.

On le répète, le réseau électrique de la Caisse est une bénédiction. Mais il ne devrait pas servir à retarder, encore une fois, le tronçon attendu vers Anjou.

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