L'optimisme extrême

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« Le Canada s'engage à respecter une cible de réduction des gaz à effet de serre élaborée l'année dernière par le gouvernement Harper. Or, cette cible avait alors été jugée insuffisante », rappelle Paul Journet.

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Le contraste était assez spectaculaire.

Vendredi dernier, Justin Trudeau était ovationné à l'ONU pour son discours sur les changements climatiques. Mais la même semaine, deux rapports indépendants démontraient que le Canada n'est pas un modèle, et qu'il n'a pas encore de plan pour le devenir.

À New York, le premier ministre a rappelé la responsabilité historique des pays développés dans les perturbations du climat. Il a aussi rappelé l'aide promise par le Canada - 2,65 milliards en cinq ans -  aux pays sous-développés. Et il a signé officiellement l'accord de Paris.

Cette signature devrait se lire avec un gros point d'interrogation. Le Canada s'engage à respecter une cible de réduction des gaz à effet de serre élaborée l'année dernière par le gouvernement Harper. Or, cette cible avait alors été jugée insuffisante. M. Trudeau ne sait pas encore comment atteindre ce « plancher ».

Candide, le premier ministre libéral a même lancé à l'ONU un site web pour solliciter les suggestions des Canadiens...

Pour mesurer le chemin qu'il reste à parcourir, la population devrait lire les rapports publiés la semaine dernière par le Conference Board, Environnement Canada et le Directeur parlementaire du budget (DPB).

Le premier rapport place le Canada au 16e rang sur 18 pays. Il récolte un « D », devant seulement l'Australie et les États-Unis.

Les deux autres font le bilan des GES. On y apprend qu'avec les politiques actuelles, le Canada dépasserait ses cibles pour 2030. À quel point ? De 208 mégatonnes selon le DPB, et de 291 mégatonnes selon le Ministère*.

À titre de comparaison, les efforts du Québec depuis 1990 n'équivalent qu'à une mince réduction de 6 mégatonnes. Atteindre la cible équivaudrait à éliminer du pays toutes les voitures et tous les camions.

Bien sûr, M. Trudeau a été élu il y a seulement six mois, et il a déjà conclu un accord avec les États-Unis sur les émissions de méthane. Rien d'anormal à ce qu'il consulte encore pour ses prochains gestes. D'autant plus que l'environnement est une compétence partagée avec les provinces, ce qui exige de pénibles négociations. Ce travail a déjà commencé, et un premier état des lieux doit être fait cet automne.

On peut donc comprendre l'écart qui persiste entre la parole et les gestes. Ce qui se justifie moins, toutefois, c'est l'écart entre la parole et la réalité.

M. Trudeau et sa ministre de l'Environnement, Catherine McKenna, parlent de croissance verte et inclusive, en décarbonisant l'économie, tout en intensifiant l'exploitation des ressources naturelles, dans le respect des communautés, en pensant aux consommateurs. Bref, d'un monde formidable où tout le monde sera heureux d'être gagnant et champion en même temps.

Cet optimisme extrême contraste avec les choix difficiles qui s'annoncent. Ils portent sur les deux secteurs qui plombent le bilan environnemental canadien : les énergies fossiles et les transports.

Par exemple, si on veut réduire les émissions, le prix du carbone devra bondir. Il pourrait devoir grimper à environ 100 dollars, soit sept fois plus que le niveau actuel au Québec. Cela pourrait hausser de 24 cents le prix du litre d'essence, estime le DPB. Et cela heurtera davantage la Saskatchewan et l'Alberta.

Bien sûr, le calcul repose sur plusieurs hypothèses très difficiles à prévoir. Il a toutefois le mérite de lancer une conversation franche. Tout le monde ne pourra pas être heureux.

* L'écart découle entre autres d'une estimation différente du prix du baril de pétrole.

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