Chef d'État recherché

Le premier ministre Philippe Couillard et, à l'arrière-plan,... (PHOTO IVANOH DEMERS, ARCHIVES LA PRESSE)

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Le premier ministre Philippe Couillard et, à l'arrière-plan, son ministre Sam Hamad.

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Il y a des moments qui définissent un premier ministre. C'est ce genre de crise que traverse Philippe Couillard avec le retrait temporaire de Sam Hamad.

Il a réussi à moitié. En d'autres mots, il a échoué.

C'était le temps d'agir en chef d'État pour protéger les institutions. M. Couillard l'a fait samedi avec le retrait de son ministre. Mais il a défait ce geste en agissant en même temps en chef de parti qui voulait protéger son poulain et la marque libérale.

M. Couillard s'est en effet empressé de défendre celui qui était suspendu. Sa confiance en Sam Hamad « n'est pas du tout diminuée », a-t-il assuré. Il a même minimisé les allégations en faisant un lien bidon avec le congé de maladie de Lise Thériault. L'imprudence n'est pourtant pas un trouble médical...

Si on attend l'enquête du Commissaire à l'éthique, cela signifie qu'il est trop tôt pour accuser M. Hamad. Mais cela signifie qu'il est aussi trop tôt pour lui faire aveuglément confiance.

***

Notre démocratie traverse une crise de confiance. L'aiguille du cynisme est dans le rouge foncé depuis quelques années.

Certes, le ménage est en train de se faire, grâce à la commission Charbonneau (CEIC), l'Unité permanente anticorruption et la réforme du financement politique.

Mais le Québec continue malgré tout de vivre les secousses de l'ère Charest, avec la poursuite des enquêtes policières et journalistiques. Son successeur doit rétablir la confiance du public envers les institutions.

Cela exige une tolérance zéro pour les fautifs. Autant ceux qui violent la loi que ceux qui violent les codes d'éthique.

Bien sûr, protéger les institutions signifie respecter la présomption d'innocence. Le reportage d'Enquête ne prouve pas que M. Hamad a transmis des informations confidentielles ni qu'il a obtenu un avantage en retour. Il ne fallait donc pas congédier ce dernier ni l'expulser du caucus libéral. D'ailleurs, contrairement à Nathalie Normandeau, M. Hamad n'a pas été accusé au criminel ni même convoqué à la CEIC. Rien ne lui est reproché dans le rapport de la Commission.

Par contre, le reportage démontre au minimum son manque de prudence. La demande de subvention de Premier Tech ne relevait pas initialement de ses fonctions ministérielles ni de sa circonscription. Pourquoi alors s'y intéresser ? Pour aider l'économie ?

Chose certaine, il a voulu aider son ancien collègue Marc-Yvan Côté, banni à vie du Parti libéral du Canada. Et il n'a même pas pris la peine de vérifier si cet « ami » était inscrit comme lobbyiste. Précisons toutefois que l'aide finale accordée est celle que recommandait Investissement Québec, et que cette somme n'a pas été haussée à la suite des échanges entre MM. Hamad et Côté.

Le ministre a peut-être ainsi violé le code d'éthique de l'Assemblée nationale ou celui du Parti libéral du Québec (PLQ) adopté en 2013. Ce nouveau guide exige en effet qu'un élu évite tout « conflit ou apparence de conflit » entre sa fonction et son « intérêt personnel » ou celui d'un tiers.

M. Hamad n'a pas enfreint la loi, répète le premier ministre. Mais ne pas être un criminel ne suffit pas pour obtenir un poste de ministre. Il faut aussi une éthique irréprochable. Et si possible assez de jugement pour ne pas partir en Floride au jour 1 de l'enquête du Commissaire à l'éthique.

En 2013, le président du PLQ faisait un aveu candide. Le parti risquait de « perdre des amis » à cause de son code d'éthique, prévenait-il. Si l'enquête révèle que M. Hamad a commis une telle faute, il faudra le remplacer.

Après avoir imposé aux Québécois des choix difficiles pour équilibrer le budget, M. Couillard devrait avoir le même courage avec sa gestion de personnel. Cela signifiera de choisir, si nécessaire, sa loyauté : le parti ou l'État.

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