Yo-yo à la pompe

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« Le prix à la pompe dépend d'une multitude de paramètres instables et imprévisibles, mais cela ne justifie pas de fermer les yeux », écrit Paul Journet.

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C'est compliqué. Voilà ce qu'on répète souvent pour expliquer les variations injustifiées du prix de l'essence.

Certes, le prix à la pompe dépend d'une multitude de paramètres instables et imprévisibles, mais cela ne justifie pas de fermer les yeux. Car deux problèmes sont limpides.

Depuis la chute du pétrole en 2014, le prix à la pompe ne baisse plus avec le prix du baril, ce qui empêche les automobilistes d'en profiter. Et cela déclenche une crise de confiance qui obstrue les nécessaires mesures d'écofiscalité pour réduire la congestion et la pollution.

Si les automobilistes se sentent pressés comme un citron, il est normal qu'ils en gardent un goût amer.

***

Le prix à la pompe est déterminé par les coûts du baril, du raffinage et du détaillant. Cette chaîne est complexe. Par exemple, la baisse du huard peut annuler la baisse du prix du pétrole importé des États-Unis.

La baisse d'un paramètre n'entraîne donc pas forcément une réduction à la pompe. Mais à tout le moins, elle entraîne une pression à la baisse. Ou du moins, elle le faisait.

Depuis l'été 2014, il y a eu une rupture. Le prix à la pompe n'est plus étroitement corrélé avec le prix du baril, a calculé l'économiste Benjamin Reitzes de la BMO.

C'est particulièrement vrai à Montréal. CAA-Québec a dévoilé des données choquantes à cet égard. L'année dernière, 11 des 17 hausses de prix à la pompe le vendredi étaient « sans fondement » et « démesurées ».

Pire, ce yo-yo défie la gravité. En effet, le prix monte plus vite qu'il ne descend. Et quand il se stabilise, cela dure plus longtemps que ne semble le justifier le marché.

La marge de profit des détaillants de Montréal a ainsi augmenté de 7 % l'année dernière. Le contraire s'est pourtant observé dans d'autres régions. À Québec et Sherbrooke, la marge de profit a diminué de 20 et 18 %, estime CAA-Québec. Surprise, c'est aussi là-bas que de grosses chaînes ont augmenté la concurrence...

***

Que faire ? Québec mise déjà sur le prix. La Régie de l'énergie impose un prix plancher. Un plafond existe au Nouveau-Brunswick et en Nouvelle-Écosse, mais son utilité reste incertaine. Cela réduit les hausses soudaines, mais incite les détaillants à rester près du maximum.

Il faut continuer de stimuler la concurrence. Le Bureau de la concurrence a déjà sévi contre les présumés cartels - deux causes sont encore devant les tribunaux.

Et enfin, il faut aider les automobilistes à se protéger contre ces variations injustifiées, en leur rappelant de consulter des applications comme celle de CAA-Québec. Et aussi en les incitant à réduire leur consommation.

Depuis le début des années 80, le nombre d'automobiles a augmenté trois fois plus vite que la population. Et ces véhicules sont de plus en plus gros. L'année dernière, il s'est vendu plus de camions légers que de véhicules ordinaires.

C'est à la fois un problème économique et environnemental, comme le démontrent les données de Bloomberg. Le Canada figure parmi les pays où l'essence est la moins chère (8e sur 61). Et pourtant, ses citoyens sont parmi ceux qui dépensent le plus grand pourcentage de leur revenu à la pompe (5e sur 61). Certes, le climat et les distances expliquent en partie ces chiffres. Mais il y a une autre raison : le prix faible incite à la consommation.

Malgré tout, tant que le prix à la pompe paraîtra arbitraire, une hausse des taxes sera difficile à justifier. Québec devrait donc agir en amont, en imposant un bonus-malus musclé qui surtaxerait les camions légers, mais offrirait un rabais aux véhicules écoénergétiques. Et aussi en forçant les constructeurs à vendre plus de véhicules électriques, avec une loi zéro émission.

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