Notre guerre

Le groupe État islamique (EI) souhaite déclencher une... (Photo Hadi Mizban, Associated Press)

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Le groupe État islamique (EI) souhaite déclencher une guerre civile chez nous et il est essentiel de comprendre cette stratégie pour la combattre, explique notre éditorialiste. Ci-dessus, des miliciens chiites affrontent l'EI à Tikrit, en Irak.

Photo Hadi Mizban, Associated Press

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Le Canada n'est pas « en guerre » contre le groupe État islamique (EI), a prétendu mercredi Justin Trudeau. C'est un peu court. Le premier ministre devrait méditer cette phrase de Julien Freund : « C'est l'ennemi qui vous désigne. »

Le Canada, tout comme la France et la Belgique, était déjà en guerre avant les attentats de Bruxelles. Et aussi bien avant ceux de Paris contre le Bataclan, l'Hyper Cacher ou Charlie Hebdo.

Mais en guerre contre qui, et où ? Il ne s'agit pas d'un débat de sémantique. C'est au contraire essentiel pour comprendre la menace, et savoir comment y répondre.

Oui, le Canada et ses alliés sont en guerre contre l'EI en Syrie et en Irak.

Mais non, ces démocraties ne sont pas pour autant devenues des zones de guerre. Le prétendre, ce serait « se regarder dans le miroir que Daech nous tend », comme le résume l'islamologue Gilles Kepel.

Car c'est bel et bien une guerre civile que l'EI souhaite déclencher chez nous. Le terrorisme islamique s'est mué de la sorte en 2005 avec Abou Moussab al-Souri, théoricien du nouveau djihad. Il propose alors de le décentraliser. Ouvrir un nouveau front en Europe, en incitant des cellules à s'organiser chez elles pour tuer libéraux, juifs et musulmans « apostats ». L'objectif : polariser pour forcer des musulmans à choisir leur camp.

***

Comprendre cette nouvelle stratégie aide à savoir comment la combattre.

D'abord, continuer de faire la guerre à l'EI où le groupe se territorialise, en Syrie et Irak. Il est vrai que la région ressemble à un château de cartes construit sur une poudrière. Mais malgré tout, les bombardements fonctionnent. Le groupe perd du territoire.

Ensuite, protéger nos démocraties sans stigmatiser les musulmans, ce qui tomberait dans le piège de recrutement de l'EI. Cela commence par bien choisir les mots. Il n'y a pas de « guerre » chez nous contre une armée facile à identifier. Plutôt une incessante traque de nos services de renseignement et de sécurité contre une menace mouvante. Une menace composée parfois de sujets vulnérables, et toujours d'une idée venimeuse. Les deux doivent être combattus.

Certes, l'exclusion, le chômage, les prisons augmentent le risque de « radicalisation ». Les sociétés inégales et intolérantes sont inflammables. Mais il ne faut pas oublier l'allumette, l'islam salafiste dans sa version la plus guerrière.

Cet islamisme, importé d'une vieille tradition du IXe siècle et relancé par les pétromonarchies, cautionne même le meurtre de musulmans modérés. On aura besoin d'eux pour délégitimer cette lecture littérale du Coran, et réformer l'islam.

Malgré leurs récents reculs au Moyen-Orient, et même avec peu de moyens ou de volontaires, les djihadistes peuvent encore créer d'horribles dégâts. C'est parce que la lutte semble toujours à refaire qu'il ne faut pas baisser la garde.

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