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« La recherche et l'innovation relèvent pourtant de la même logique : développer un savoir ou une technique, puis le commercialiser », explique notre éditorialiste.

Photo Jean-Philippe Ksiazek, archives Agence France-Presse

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Difficile de trouver quelqu'un contre la « société du savoir ». Mais dans la bouche de Québec, cela ressemblera à un cliché tant qu'on n'entreprendra pas deux réformes :  en économie, pour adopter une nouvelle stratégie d'innovation, et en éducation, pour décider en fonction des meilleures connaissances plutôt que des lobbys ou lubies à la mode.

L'innovation et l'éducation se complètent. Dans notre société vieillissante, le développement économique passera par des gains de productivité, ce qui requiert des citoyens mieux instruits et mieux outillés.

En innovation, Québec stagne. La vieille stratégie libérale est arrivée à échéance il y a deux ans et la politique péquiste, déposée peu avant la campagne électorale de 2014, n'est pas entrée en vigueur. L'intermède se prolonge, car le gouvernement Couillard ne veut pas en adopter une nouvelle. Et il a aggravé la confusion en confiant la recherche et l'innovation à deux ministères distincts.

Ces responsabilités relèvent pourtant de la même logique : développer un savoir ou une technique, puis le commercialiser. On surnomme « vallée de la mort » cette périlleuse marche qui mène de l'idée au premier client. L'expression prenait un nouveau sens depuis le printemps 2014, alors que les dossiers risquaient de rebondir entre les deux ministères, jusqu'à l'agonie.

Lors du remaniement ministériel, la recherche et l'innovation ont heureusement été réunies sous un même ministère, celui de Dominique Anglade. Il faudra maintenant adopter une nouvelle stratégie, idéalement sur cinq ans. Québec y préciserait les secteurs prioritaires en recherche. Cette prévisibilité permettra se sortir du cercle vicieux actuel. Comme les chercheurs ignorent leur financement à moyen et long terme, ils hésitent à embaucher ou à acheter de l'équipement. Cela les rend moins compétitifs, ce qui réduit leurs chances d'obtenir un financement au fédéral ou à l'étranger, et leur nuit encore plus. Et ainsi de suite.

Même si Québec investit plus en recherche et développement que le reste du pays, son avance se réduit. La contribution du privé a baissé, tout comme le nombre de brevets enregistrés ici.

Comme le rappelait le dernier rapport Robillard, la majorité de l'aide est versée en crédit d'impôt, une mesure générale dont l'efficacité est difficile à évaluer. Et la solution du dernier budget reprenait la même logique que le problème : une coupe paramétrique, sans égard au mérite, des crédits d'impôt.

Certes, les crédits d'impôt ont aussi des avantages par rapport aux formes d'aide. Mais il faudrait peut-être les cibler davantage, comme pour les secteurs névralgiques de l'aérospatiale et du biopharmaceutique.

***

En éducation, il ne faut pas seulement de l'argent. Il faut aussi une méthode pour la dépenser, celle de décider en fonction des meilleures connaissances.

Ce savoir se perd trop souvent dans les dédales du ministère de l'Éducation. Durant son règne aussi court que discret, François Blais avait d'ailleurs critiqué en privé son ministère. Malgré la multiplication de mécanismes de reddition de comptes, il manque de données pour appuyer les décisions. Ou, à l'inverse, les données existent, mais elles sont trop peu considérées.

Deux bons exemples : le recours aux tableaux numériques interactifs (TNI), par effet de mode, et le débat sur l'aide aux devoirs et les devoirs eux-mêmes. Il existe pourtant des recherches sur ces deux sujets. Les TNI sont loin d'avoir fait leurs preuves, et les devoirs auraient peu d'effet sur la réussite scolaire au primaire.

Éduquer et innover. Voilà les deux verbes qui devraient guider Québec.

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