Incompétence radioactive

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Strateco, une société minière junior, a dû se placer sous la protection de ses créanciers à cause des délais encourus pour la mise en oeuvre de son projet de mine d'uranium. On voit ici le camp d'exploration Matoush, dans les monts Otish, au nord de Chibougamau.

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Les atermoiements sur l'uranium auront au moins servi à montrer tout ce qu'il ne faut pas faire avec nos ressources naturelles. La recette pour ce désastre : l'arrogance de Strateco et l'incohérence de Québec.

La semaine dernière, le Bureau d'audiences publiques sur l'environnement (BAPE) recommandait à Québec de prolonger son moratoire. En principe, le gouvernement Couillard doit répondre au rapport dans les prochaines semaines. Mais le dossier s'est réglé par lui-même.

Le seul projet uranifère québécois assez grand pour nécessiter un permis était celui de Strateco, en territoire cri au nord de Chibougamau. Or, la société minière junior, qui était essentiellement consacrée à ce projet, s'est depuis placée sous la protection de la loi. Elle s'est débarrassée d'actifs, comme les roulottes pour les travailleurs, et elle poursuit Québec pour 190 millions de dollars.

Si elle avait investi, c'est parce qu'elle croyait avoir obtenu le feu vert. En effet, la société minière avait passé les deux premiers tests. Comme les autres grosses mines, son projet devait faire l'objet d'une étude environnementale. Cela a été complété en 2011 par le COMEX (l'équivalent du BAPE au nord du 49e parallèle). Et comme les autres projets radioactifs, il devait être examiné par la Commission canadienne de sûreté nucléaire (CCSN). Cette autorisation a été accordée en 2014.

Strateco croyait donc pouvoir aller de l'avant. Mais elle a oublié un détail crucial. Le COMEX recommandait le projet seulement si une entente écrite était conclue avec les Cris de Mistissini, par exemple au sujet des emplois dans la mine ou des retombées économiques pour la communauté.

La société minière a conclu une entente sur l'information et la communication. Mais pas sur le partage des richesses.

Strateco s'est arrêtée là et a voulu imposer ses conditions, contre une communauté crie qui devenait de plus en plus militante.

Par sa faute, le conflit s'est empoisonné. Et par la faute de Québec, il s'est éternisé.

Le provincial a fait poireauter Strateco pendant près de deux ans. Puis, on a annoncé un moratoire et un étrange examen du BAPE sur l'uranium. Pourtant, le seul projet avancé était celui de Strateco et il avait été étudié deux fois, y compris par le véritable expert en radioactivité.

C'était une façon très maladroite de forcer les Cris à s'entendre avec Strateco. Le processus a duré assez longtemps pour pousser la société à la faillite.

Le gouvernement Couillard a, depuis, lancé une réflexion sur « l'acceptabilité sociale »-concept flou qu'il faudrait d'ailleurs définir. Ses conclusions devraient être déposées dans les prochaines semaines.

Les Premières Nations réussissent déjà à bloquer des projets. Et elles ont de nouveaux arguments juridiques pour le faire depuis que la Cour suprême a reconnu l'année dernière la possibilité de droits ancestraux sur un territoire spécifique.

Au lieu d'invoquer des examens environnementaux a posteriori qui rendent le développement imprévisible, Québec devrait agir en amont et prendre tous les moyens nécessaires pour que les sociétés minières s'entendent avec les communautés autochtones, et que ces ententes soient respectées. C'est la meilleure façon d'éviter que l'histoire ne hoquette.

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