Combattre sans censure

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Hamza Chaoui a découvert les délices de nos droits et libertés, et la limite où poser son pied.

L'imam salafiste veut ouvrir un centre communautaire dans l'est de Montréal pour prêcher aux jeunes. En qualifiant la démocratie de «péché» qui permet d'élire un gai ou une femme, il ne commet pas de crime de haine. Ses prêches sont dégoûtants, mais probablement pas illégaux. Vouloir les censurer est donc un combat perdu. Et c'est aussi un combat inconséquent. Il contredit la conception généreuse de la liberté d'expression défendue avec raison depuis l'attentat contre Charlie Hebdo.

La jurisprudence est claire. Dans l'arrêt Whatcott en 2013, la Cour suprême a statué qu'un propos «répugnant» n'était pas forcément haineux. Pour le devenir, il devait mener à une forme extrême de détestation. Les constitutionnalistes s'accordent pour prévoir que Chaoui survivrait à ce test.

Cette impasse ne signifie pas qu'il faille rester les bras croisés. Au contraire, cet intégrisme islamiste exige une réponse vigoureuse. Au nom de la sécurité, on doit empêcher ses éventuelles dérives violentes. Et au nom de la cohésion sociale, on doit attaquer son discours, et éviter lorsque possible de lui donner une tribune.

La réponse sécuritaire fait consensus. Il faudra surveiller le prédicateur pour éviter que ses dévots se radicalisent et deviennent violents. Même s'il ne s'agit pas de recettes miracles, il serait aussi utile de créer un observatoire québécois sur l'intégrisme ou un programme de déradicalisation.

En plus de prévenir les conséquences des propos, peut-on limiter les propos eux-mêmes, sans passer par le Code criminel? Certains ont suggéré de recourir à la Loi sur les cités pour empêcher Chaoui d'ouvrir son centre communautaire. Cela permettrait de bloquer le centre s'il menace la santé et la sécurité du voisinage, ou s'il «trouble la tranquillité publique». Or, rien ne permet de l'affirmer.

La seule voie praticable est celle du maire de l'arrondissement de Hochelaga-Maisonneuve, Réal Ménard. Il adoptera aujourd'hui un règlement pour resserrer la définition d'un centre communautaire. Elle exclura désormais l'enseignement d'une religion. Chaoui et ses fidèles ne pourront donc pas obtenir un permis. La Cour suprême a d'ailleurs statué en 2007 qu'une liberté fondamentale n'entraînait pas l'obligation d'offrir une tribune pour la promouvoir.

Malgré tout, cela ne suffira pas pour régler le problème. Chaoui pourrait encore prêcher sur l'internet ou ouvrir ailleurs un centre communautaire ou un lieu de culte. Avec en prime le bonheur de poser en persécuté...

L'intégrisme des salafistes dépasse la piété ou la critique politique. Il prône le rejet de la démocratie elle-même. Ce n'est pas un simple choix individuel. C'est un projet qui vise à empêcher les autres de choisir.

La réponse juridique ou sécuritaire ne suffira pas à le combattre. Il faut aussi refuser le relativisme. Utiliser la liberté de parole pour combattre ceux qui l'utilisent pour semer la déraison.

paul.journet@lapresse.ca

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