Les alliés involontaires

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Le premier ministre Philippe Couillard a travaillé en Arabie saoudite pour le département de neurochirurgie d'une pétrolière entre 1992 et 1996.

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La liberté est parfois contagieuse. En novembre 1990, des Saoudiennes ont remarqué que les femmes de soldats américains stationnés au pays conduisaient leur voiture. Près de 50 d'entre elles ont alors défié l'interdit de la police des moeurs en prenant le volant à Riyad.

Grâce à ces pionnières, l'Arabie saoudite songe maintenir à permettre aux femmes de conduire, mais seulement sans maquillage, le jour...

L'anecdote démontre que même si ce n'est pas toujours leur intention, les étrangers qui séjournent en Arabie saoudite contribuent à libéraliser le régime, un pas lilliputien à la fois.

De 1992 à 1996, Philippe Couillard a travaillé à Dharan pour le département de neurochirurgie d'une pétrolière. Il a ensuite conseillé en 2010 le ministre saoudien de la Santé. Selon le chef intérimaire du PQ, Stéphane Bédard, M. Couillard aurait été «imprégné» des valeurs du pays. C'est ce qui expliquerait son hésitation à déposer maintenant un projet de loi sur la laïcité.

Certes, en matière de laïcité, son malaise est réel. Comme il s'y était engagé, le premier ministre devrait déposer «tôt» dans son mandat un projet de loi sur sa position minimaliste. Mais il est malhonnête d'insinuer que ce séjour serait lié à son hésitation, ou qu'il aurait été illégitime.

Conseiller le régime saoudien, ce n'est pas cautionner la sauvagerie extrême des clercs wahhabites. Le prétendre, c'est mal connaître ce pays.

L'histoire de la famille royale est plus marquée par la corruption que le fanatisme. Un mariage de raison l'unit aux religieux, qui propagent un courant hyper-obscurantiste de l'islam.

Les différents rois ont timidement essayé de libéraliser le pays, par exemple en autorisant la télévision dans les années 60. Mais à chaque réforme, ils ont dû négocier avec les religieux pour ne pas soulever une révolte. Certains compromis sont catastrophiques, comme la décision d'héberger des imams radicaux chassés de pays voisins, qui propagent depuis le djihad armé.

L'alliance avec les États-Unis (pétrole contre sécurité) indigne souvent les Saoudiens et renforce les fous d'Allah. Chaque fois que le feu roi Abdallah pactisait avec le «Satan» américain, il déchainait la violence intégriste.

Mais l'alliance avec les travailleurs étrangers ne comporte pas le même risque. Il ne s'agit pas de glorifier ces voyageurs, souvent attirés par l'argent et l'exotisme. Mais leurs séjours sont utiles, tout comme les échanges avec les étudiants saoudiens. Dans ce pays où les lumières paraissent éteintes, c'est un mince espoir auquel il faut s'accrocher.

Prôner l'isolement ne ferait que livrer les Saoudiens aux chacals wahhabites, ceux qui fouettent le blogueur Raif Badawi et qui ont tranché près de 20 têtes en août dernier pour des délits aussi absurdes que la «sorcellerie».

Si le Parti québécois était plus intéressé à comprendre l'Arabie saoudite qu'à marquer des points politiques, il l'aurait compris.

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