La course aux origines

Le robot Philae, gros comme un frigo et... (Photo Agence France-Presse)

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Le robot Philae, gros comme un frigo et léger comme une plume, s'est stabilisé sur la comète 67P, une boule de glace sale et presque sans gravité, qui orbite à 37 kilomètres par seconde.

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Il y a des images dont on ne mesurera jamais complètement les effets, comme celle du lever de la Terre rapportée par Apollo 8. La photo de la boule bleue perdue quelque part dans l'infini a contribué à lancer le mouvement environnemental.

À son retour de la mission Apollo 14, l'astronaute Edgar Mitchell était plus dérangé qu'ému par cette vision. «De là-bas, la politique internationale paraît si insignifiante. Ça m'a donné envie de trainer un politicien par le collet (jusqu'à la Lune) pour lui dire: regarde ça, enfoiré», déclarait-il à People.

Mercredi, c'était au tour des images de l'Agence spatiale européenne (ASE) de fasciner. Son robot Philae est gros comme un frigo et léger comme une plume. Après avoir rebondi deux fois, il s'est stabilisé sur la comète 67P, une boule de glace sale et presque sans gravité, qui orbite à 37 kilomètres par seconde. C'était comme lancer une arachide depuis Montréal et la poser sur un oiseau en vol à Québec.

Même si les percées scientifiques qui pourraient suivre risquent moins d'attirer l'attention, elles seront encore plus importantes. Le robot cherchera dans le sol de 67P des molécules qui pourraient expliquer la création des océans sur Terre, et peut être même de la vie.

Cette mission s'inscrit dans une nouvelle étape de l'exploration spatiale. Des années 50 à 70, la course à l'espace était surtout politique et technique. Les États-Unis et l'URSS transféraient leur guerre dans le froid vide de l'espace.

La Chine, l'Inde et d'autres puissances émergentes se joignent maintenant en retard à cette course à l'espace. Mais elle est devenue secondaire. Une nouvelle course l'a remplacée: celle aux origines. D'anciens ennemis se liguent désormais pour comprendre la naissance de la vie, du système solaire et du cosmos. La science prend le relai de l'ultime question métaphysique, posée par Leibniz il y a presque 300 ans: pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien?

Sans motivation politique ni utilité technologique directe, cette aventure est plus difficile à financer. Les États-Unis ne revivront plus de «moment Spoutnik» comme en 1957 pour justifier les dépenses. Les républicains ont même essayé de bloquer le financement du télescope James-Webb, le successeur de Hubble, dont les coûts explosent. Au Canada, le gouvernement conservateur a réduit le budget, déjà modeste, de l'Agence spatiale canadienne d'environ 10%.

Certes, la recherche fondamentale progresse malgré tout, comme le prouve la mission Rosetta. Elle coûté 1,8 milliard de dollars, amortis sur plus d'une décennie. C'est beaucoup. Mais ce n'est aussi que la moitié du prix d'un sous-marin nucléaire français armé. Ces missions popularisent la science, stimulent l'innovation et mènent parfois à des applications technologiques sur Terre. Leur utilité se chiffre toutefois difficilement, surtout à court terme, dans un cadre budgétaire. Mais tout ne devrait pas se mesurer par l'utilité. C'est aussi ça, le progrès.

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