La chasse à l'éthique

Christine St-Pierre, s'est questionnée ouvertement, et ce à... (Photo Martin Roy, archives Le Droit)

Agrandir

Christine St-Pierre, s'est questionnée ouvertement, et ce à plusieurs reprises, sur la «pertinence» des missions diplomatiques et commerciales de son prédécesseur Jean-François Lisée.

Photo Martin Roy, archives Le Droit

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

L'attaque insidieuse de Christine St-Pierre contre Jean-François Lisée incarne deux dérives dans le débat public: la chasse à l'éthique, dans laquelle la forme interrogative est utilisée comme une arme, et la chasse aux sous noirs, qui confond investissement et gaspillage.

Résumons l'histoire. De 2012 à 2014, M. Lisée était ministre péquiste des Relations internationales et du Commerce extérieur. Il s'est rendu à Paris pour faire cinq missions. Il y a en outre fait six escales, en route vers des missions ailleurs en Europe, Asie et Afrique. Il a souvent prolongé ces missions pour voir sa conjointe et leurs enfants, qui séjournaient près de Paris.

Sa successeure libérale, Mme St-Pierre, s'est questionnée ouvertement, et ce à plusieurs reprises, sur la «pertinence» de ces missions diplomatiques et commerciales. Elle se demande si M. Lisée les a organisées pour visiter sa famille. Ou du moins, s'il en a profité pour faire payer ces visites aux contribuables.

M. Lisée menace maintenant de la poursuivre pour diffamation. Hier après-midi, la ministre libérale a défendu ses «interrogations légitimes». Il est vrai que les dépenses des ministres sont régulièrement examinées. La différence, c'est que cette fois, les questions ne viennent pas de l'opposition. Elles viennent de la ministre qui avait accès aux réponses. Elle aurait pu les vérifier avant de dégainer car tout indique que ces réponses disculpent M. Lisée. 

Les missions étaient orchestrées avec le ministère des Relations internationales (MRI). Plus de 170 entreprises québécoises y ont participé. Et M. Lisée a déboursé de sa poche tous les frais additionnels liés à ses visites familiales.

Cette affaire avec un petit «a» contribue à la croisade éthique, dans laquelle on risque de perdre le sens de la mesure. La mauvaise gestion (ce qui n'est même pas le cas ici) ne doit pas être confondue avec les malversations. Les assimiler revient à les banaliser. Et peu importe l'accusation, la présomption d'innocence doit prévaloir. Le ménage, nécessaire, ne doit pas se faire avec de la boue.

L'affaire contribue aussi au populisme. Il est facile de dévoiler des dépenses hors contexte pour faire croire que les élus font la belle vie à l'étranger. Mais ces missions constituent un investissement nécessaire et, même si la preuve est difficile à faire, probablement rentable.

M. Lisée est d'ailleurs bien placé pour apprécier ce genre de discours. En 2013, alors ministre, il accusait son prédécesseur libéral d'avoir instauré une double comptabilité. Les coûts des missions étaient répartis entre le MRI et les autres ministères impliqués. Lorsqu'un reporter faisait une demande d'accès à l'information au MRI, il ne recevait donc qu'une partie des coûts. C'était légal, mais peu transparent, dénonçait alors M. Lisée.

Le MRI agissait probablement ainsi par crainte que la facture des missions soit dénoncée de façon populiste. Mais en allant jusqu'à parler de «magouille comptable», M. Lisée n'avait fait qu'alimenter cette perception.




publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

publicité

la boite:2525685:box

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer