Délétère discrimination

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Le mouvement Black Lives Matter est né dans le sillage de nombreux incidents meurtriers impliquant des policiers américains et des membres de la communauté afro-américaine.

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Les cas de violence policière recensés au cours des dernières années aux États-Unis sont venus rappeler crûment que la discrimination tue.

La mort tragique de plusieurs jeunes Afro-Américains a cristallisé les tensions et forcé les élus à examiner en profondeur les mécanismes institutionnels qui permettent ces dérives.

Mais la discrimination exerce aussi un effet délétère plus sournois qui fait des victimes loin des caméras.

Des recherches ont déjà démontré que les membres de la communauté afro-américaine qui s'estiment victimes d'un traitement inégalitaire sont plus susceptibles de développer des problèmes de sommeil et des dérèglements hormonaux qui pourraient miner gravement leur santé.

Une nouvelle étude de l'Université Northwestern basée sur les fluctuations du niveau de concentration d'une hormone de stress importante, le cortisol, indique que la discrimination a un effet cumulatif dans le temps. 

Plus la discrimination dure longtemps, plus le dérèglement est marqué et ses effets potentiels importants.

De manière encore plus préoccupante, l'étude indique que la discrimination a un impact à long terme plus important lorsqu'elle survient à l'adolescence, dans une période de bouleversement physiologique où des expériences difficiles sont plus susceptibles de laisser une empreinte durable.

« On entend souvent dire que ce sont des adolescents, qu'ils vont s'en remettre, mais ce n'est manifestement pas ce qui se passe sur le plan biologique », note la professeure Emma Adam, qui a utilisé des données colligées sur une période de 20 ans pour en arriver à ces conclusions.

Son équipe a tenu compte d'autres paramètres, comme le niveau de revenus, l'éducation et la santé mentale, pour déterminer l'effet propre à la discrimination sur le cortisol. Ils tentent maintenant de déterminer les facteurs qui sont susceptibles de limiter son impact.

Selon Mme Adam, il est déjà connu qu'un fort sentiment d'identification à un groupe peut jouer en ce sens.

Le mouvement Black Lives Matter, qui a vu le jour aux États-Unis en réaction à des cas de violence très médiatisés contre des membres de la communauté afro-américaine, semble bien avisé de les encourager à se faire une fierté de leur appartenance ethnique.

Il est logique de penser par ailleurs, à l'aune de ces recherches, que la discrimination a un impact marqué à long terme sur la santé, que le motif soit l'appartenance ethnique, la religion ou encore l'orientation sexuelle.

Les dérives xénophobes qui surviennent ici et ailleurs prennent dans le contexte une portée encore plus importante.

La commissaire européenne en charge de la justice, Vera Jourova, a appelé au cours des derniers jours les pays membres de l'Union européenne à agir pour « criminaliser » les discours incitant à la haine raciale ou religieuse.

Une étude publiée par l'Agence européenne pour les droits fondamentaux indique que 50 % de la population du continent est aujourd'hui d'avis que la discrimination fondée sur la religion est largement répandue, comparativement à 39 % en 2012.

L'appel de Mme Jourova a une résonance particulière au Québec, où l'Assemblée nationale vient de voter une résolution condamnant l'islamophobie à l'initiative de Françoise David, et que le gouvernement planche sur une loi controversée visant à limiter les discours haineux.

L'étude des chercheurs de l'université Northwestern donne un argument de plus aux élus - si besoin était - pour faire de l'égalité une réalité pour tous plutôt qu'un vertueux principe.

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