Volte-face

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Le Parti québécois a pavé la voie à la fermeture définitive de la dernière mine d'amiante du pays, à Asbestos, en 2012, en retirant une importante garantie de prêt qui avait été accordée à ses propriétaires, rappelle notre éditorialiste.

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Après avoir fait la promotion active de l'amiante chrysotile sur la scène internationale pendant des années, le gouvernement fédéral change de cap.

Sans faire de bruit, Santé Canada a modifié récemment l'information diffusée sur son site internet relativement à la dangerosité de cette fibre en cessant, de facto, de la différencier de l'amiante amphibole.

Ottawa voudrait faire croire que cette révision trop longtemps attendue n'est rien de plus que le résultat d'un effort de clarification sémantique.

Il est compréhensible que le gouvernement fédéral ne veuille pas faire trop de cas du sujet. La question de sa responsabilité morale, voire juridique, dans la crise sanitaire silencieuse découlant de l'utilisation de l'amiante se pose avec acuité. Et Québec est aussi directement concerné.

Le Canada a empêché pendant des années, avec d'autres pays producteurs, que l'amiante chrysotile figure sur la liste des produits dangereux de la Convention de Rotterdam, facilitant la poursuite des exportations vers des pays en développement où les contrôles sont souvent déficients.

Le pays a aussi financé le lobby de l'amiante pour soutenir l'idée qu'un usage « sécuritaire » de cette fibre est possible, même si nombre d'experts en santé publique disaient le contraire.

Le gouvernement québécois a également contribué activement à cette campagne. Il s'est même doté d'une politique d'utilisation active du produit sur son territoire alors que des dizaines de pays l'avaient carrément interdit.

Le Parti québécois a finalement pavé la voie à la fermeture définitive de la dernière mine d'amiante du pays, à Asbestos, en 2012, en retirant une importante garantie de prêt qui avait été accordée à ses propriétaires.

Trop longtemps, les considérations électoralistes liées à la préservation des emplois du secteur l'ont emporté sur les considérations sanitaires.

Kathleen Ruff, une conseillère en santé de l'Institut Rideau, note que de plus en plus d'États sont aujourd'hui poursuivis au sujet de l'amiante.

Au Japon, la Cour suprême a condamné récemment le gouvernement à verser une lourde amende pour ne pas avoir légiféré à temps dans le domaine.

En France, la justice est allée encore plus loin en ciblant sur le plan pénal plusieurs anciens hauts fonctionnaires. La cause vient de tourner court, mais les poursuites dans le pays ont déjà mené à la création d'un fonds d'indemnisation pour les victimes de l'amiante qui vient en aide à près de 8000 personnes par année.

Daniel Green, de la Société pour vaincre la pollution, réclame la création d'un fonds similaire au Québec et entend engager un recours collectif pour y parvenir.

Les travailleurs rendus malades par l'amiante, dit-il, doivent trop souvent livrer une longue bataille devant la Commission de la santé et de la sécurité du travail (CSST) pour tenter d'obtenir compensation. Et nombre de personnes exposées indirectement au produit sont carrément exclues.

L'avocat spécialisé Jean-Pierre Ménard note qu'un tel recours est « conceptuellement possible », mais complexe, et qu'il ne serait certainement « pas gagné d'avance ».

Les deux ordres de gouvernement devraient prendre les devants et mettre sur pied un mécanisme d'indemnisation digne de ce nom. Ce ne serait que justice.

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