Rendre justice

Le président du Soudan, Omar el-Béchir, a fui... (PHOTO SHIRAAZ MOHAMED, ASSOCIATED PRESS)

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Le président du Soudan, Omar el-Béchir, a fui l'Afrique du Sud en début de semaine, après qu'une ONG locale eut réclamé son transfert à la Cour pénale internationale. Il assistait avant son départ au sommet de l'Union africaine à Johannesburg.

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L'ex-dictateur tchadien Hissène Habré a rendez-vous le mois prochain avec la justice. Vingt-cinq ans après avoir quitté le pouvoir.

Il devra rendre des comptes devant un tribunal spécial siégeant à Dakar, où il avait trouvé refuge à sa chute, pour les exactions perpétrées par son régime meurtrier.

Le processus pour en arriver là a été long et tortueux, souligne Reed Brody, un activiste de Human Rights Watch, qui a découvert au début des années 2000 des documents d'archives de la police secrète tchadienne incriminant Habré.

Il aura fallu notamment l'intervention juridique de la Belgique, qui a voulu le juger en évoquant le principe de juridiction universelle, pour pousser le Sénégal et l'Union africaine (UA) à le mettre en procès.

Une pression similaire s'exerce aujourd'hui par l'entremise de la Cour pénale internationale (CPI) contre le dirigeant soudanais Omar el-Béchir.

Le chef d'État, qui fait l'objet d'un mandat d'arrêt pour génocide en lien avec la crise du Darfour, a dû fuir l'Afrique du Sud lundi, après qu'une ONG locale eut réclamé son transfert au tribunal international.

Son départ a de toute évidence été cautionné par le régime sud-africain, qui a voulu du même coup souligner ses réserves par rapport à la CPI.

Plusieurs dirigeants de l'UA reprochent à l'institution de se focaliser, depuis sa création, presque exclusivement sur leur continent, allant jusqu'à l'accuser de « racisme ».

Ces critiques omettent de mentionner que plusieurs pays africains ont demandé eux-mêmes au tribunal d'intervenir et que plusieurs dossiers à l'étude concernent d'autres régions du globe. Ils taisent aussi que nombre d'acteurs importants de la CPI, dont la procureure générale, sont Africains.

Le message de l'UA paraîtrait plus crédible s'il n'était pas véhiculé par des dirigeants sulfureux comme son actuel président, Robert Mugabe, qui est à la tête du Zimbabwe depuis plus de 30 ans. Difficile de croire que ce n'est pas le rejet de l'imputabilité qui conditionne son action.

Il est vrai que le fonctionnement de la CPI laisse à désirer. Le fait notamment que plusieurs pays-clés du Conseil de sécurité - États-Unis, Russie, Chine - n'aient pas ratifié le traité instituant le tribunal et usent de leur pouvoir pour protéger certains pays alliés est un sérieux problème.

Les lacunes existantes ne justifient pas pour autant de le jeter aux orties comme le chef d'État zimbabwéen et ses alliés voudraient le faire.

Crier au « double standard » et à la discrimination ne permet pas de faire disparaître les exactions des potentats africains. Les dirigeants de l'UA devraient se le rappeler et montrer leur bonne foi en faisant en sorte qu'Omar el-Béchir soit rapidement tenu de répondre de ses actes.

Qu'il soit jugé par un tribunal spécial crédible comme celui mis sur pied pour Hissène Habré au Sénégal ou devant la CPI, la priorité doit être de rendre justice aux victimes. Idéalement plus tôt que tard.

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