La gloire et l'oubli

« André Montmorency est mort deux fois. Mardi dernier... (PHOTO ALAIN ROBERGE, ARCHIVES LA PRESSE)

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« André Montmorency est mort deux fois. Mardi dernier des suites d'une pleurésie. Et autour de l'an 2000, lorsqu'il a disparu de l'espace public », écrit notre éditorialiste.

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Sans le vif éclat de la célébrité, une personnalité cesse non seulement de briller, mais aussi d'exister.

André Montmorency est mort deux fois. Mardi dernier à l'hôpital Notre-Dame des suites d'une pleurésie. Et autour de l'an 2000, lorsqu'il a disparu de l'espace public. Une situation que tous les artistes craignent de voir arriver, un jour ou l'autre.

Dans son texte sur la mort d'André Montmorency, le collègue André Duchesne écrit que « le comédien manifestait ouvertement une certaine détresse à se voir vieillir ». Pauvreté, isolement, maladie mentale... L'ex-vedette de la télévision a même fait appel à la Fondation des artistes pour avoir 20 $ afin de nourrir son chat... Quelle tristesse.

Hélas, M. Montmorency n'est pas une exception. Au contraire. Il fait partie d'une longue liste d'artistes québécois dont la fin de carrière représente une lente agonie dans les coulisses de l'oubli.

À chaque disparition, on leur rend hommage, avec raison. On l'a fait sur toutes les tribunes pour l'interprète de Friponneau, comme avant pour Marcel Dubé, Pierre Lalonde, Rita Lafontaine...

Bien sûr, les créateurs ne finissent pas tous dans la déchéance ou au Chez-nous des artistes. Certains s'en tirent mieux que d'autres. Toutefois, si on a besoin de trépasser pour retrouver un peu de lumière, alors mourir est une belle affaire. Chaque fois que la nécrologie déterre un artiste des profondeurs de l'oubli, le fossé se creuse entre les nostalgiques et les amnésiques.

« La notoriété, c'est lorsqu'on remarque votre présence ; la célébrité, c'est lorsqu'on note votre absence », a dit le regretté illustrateur Wolinski. L'oubli, c'est le deuil de l'un et de l'autre, car l'étoile de la gloire est révolue. Le mot « bonheur » implique une notion de durée souvent incompatible avec la vie d'artiste. C'est un métier où l'on existe uniquement dans l'amour du public et le regard de l'autre.

Ceux qui l'ont connu affirment qu'André Montmorency, comme plusieurs de ses pairs, semblait aussi touché par l'oubli et l'inactivité que par le dépérissement et la maladie. Un interprète est un phénix qui renaît de ses cendres à chaque rôle qu'on lui confie. À l'instar de Norma Desmond, la star déchue du film culte Sunset Boulevard, un acteur sort de sa torpeur quand les kodaks scintillent, les caméras s'allument et les micros sont ouverts.

Quand l'on est obligé de se nourrir de la gloire passée pour se réconforter, la vieillesse est un long naufrage.

Les artistes n'ont pas le luxe de choisir leur moment pour se retirer de la vie active.

Quel spectacle désolant que celui de la vieillesse des célébrités, oubliées du public. On dirait que leur âme a quitté le monde avant leur corps. Peut-on y changer quelque chose ? N'est-ce pas là l'inévitable cours des choses de la vie ? Essayons, à tout le moins, de ne pas attendre leur mort avant de les rappeler à nos précieux souvenirs.

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