Attraction fatale

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« Le crystal meth, dérivé de la méthamphétamine, est l'un des plus puissants psychostimulants sur le marché », rappelle notre éditorialiste.

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Luc Boulanger
La Presse

La semaine dernière, le Dr Réjean Thomas a fait une sortie publique pour sensibiliser les autorités à l'augmentation « épidémique » de la consommation de crystal meth à Montréal. « La pire chose que j'ai vue depuis longtemps », a déclaré ce pionnier de la lutte contre le sida au Québec.

Il y a cinq ans, seulement 1 % des patients de la clinique l'Actuel disaient avoir consommé du crystal, alors qu'aujourd'hui, ils sont 12 %, selon deux sondages réalisés par le personnel de sa clinique.

Certes, ce n'est pas la première fois que Réjean Thomas va au front. Or, le docteur n'est pas le seul à s'inquiéter.

Ce dérivé de la méthamphétamine est l'un des plus puissants psychostimulants sur le marché. Ses effets physiques et psychologiques sont très préoccupants : suicide, maladies cardiaques, psychose, dépression et un grand potentiel de dépendance.

Plusieurs consommateurs de crystal meth ont raconté qu'une seule dose avait été suffisante pour développer une accoutumance. On avance même un taux de dépendance de 94 % des utilisateurs.

« Il n'existe aucun remède simple pour surmonter une dépendance au crystal meth. Pire, les gens qui consomment compulsivement cette drogue ne semblent pas reconnaître que celle-ci est devenue l'élément central de leur vie », lit-on sur le site de nouvelles sur le VIH et l'hépatite C au Canada CATIE. De plus, contrairement à l'alcool ou à l'héroïne, il n'y a pas de traitement connu, souligne le Dr Thomas.

Préoccupant.

Or, la ministre déléguée à la Santé publique à Québec, Lucie Charlebois, refuse de cibler spécifiquement cette drogue. « J'entends les propos du Dr Thomas. Je comprends son inquiétude. Mais à la base, toute forme de dépendance est un problème qui masque une souffrance, précise la ministre en entrevue à La Presse. Le gouvernement est sensible à la consommation de toutes les drogues, y compris l'alcool. »

La ministre Charlebois dit aussi attendre les résultats d'une étude que va mener la Direction de la santé publique de Montréal, le mois prochain, pour établir un plan de match et déterminer les moyens d'intervention auprès des utilisateurs de crystal meth.

On comprend que la ministre ne s'immisce pas dans la gestion de la direction et des bureaux de la santé publique.

Mais il serait important d'avoir une perspective sur le problème rapidement. Et distinguer les effets spécifiques de cette substance, entre autres sur l'augmentation inquiétante de la prise de risques sexuels et la transmission d'ITS et de VIH.

On sait que le phénomène a déjà fait des ravages ailleurs. En 2003, le chanteur Rufus Wainwright confiait au New York Times ses années « d'enfer » de consommation de « Tina », alors qu'il pouvait s'envoyer en l'air avec une vingtaine de partenaires en faisant le party durant 72 heures et plus.

Les autorités doivent donc favoriser une approche ciblée afin de mieux mesurer les rapports entre drogue et sexualité. La sexualité est une zone grise qui, mêlée à la toxicomanie, devient obscure.

Il faut entreprendre une campagne de sensibilisation pour démythifier les effets du crystal meth auprès des consommateurs. Ses ravages sont trop importants pour qu'on minimise ses effets sur la santé publique et qu'on traite cette « addiction » comme un problème de dépendance parmi tant d'autres.

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