Le plus vieux débat du monde

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Dans le dossier de la décriminalisation de la prostitution, on peut se demander si une personne a vraiment le « choix » de vendre son corps, à l'instar d'un travailleur qui échange ses services moyennant rémunération.

Photo Jonathan Hayward, La Presse Canadienne

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Luc Boulanger
La Presse

La résolution du conseil d'Amnistie internationale de dépénaliser tous les acteurs du commerce du sexe est loin de faire l'unanimité. Tant au sein de l'organisme - des délégués européens ont voté contre la motion adoptée à Dublin mardi dernier - que dans la société.

Aux États-Unis, 600 femmes (dont les actrices Meryl Streep, Kate Winslet et Lena Dunham) ont signé une lettre ouverte pour critiquer l'ONG, rebaptisée « Irony International ». Elles écrivent qu'il faut plutôt criminaliser la prostitution dans le monde pour protéger les femmes contre la violence et l'exploitation.

Dans ce débat autour du plus vieux métier du monde, les féministes sont aussi divisées. D'un côté, on retrouve les abolitionnistes qui veulent, entre autres, pénaliser clients et proxénètes, afin de diminuer la demande. De l'autre, il y a les militantes pro-prostitution qui avancent que « les lois interdisant l'achat de services sexuels incitent les travailleuses du sexe à prendre davantage de risques » pour éviter que leurs clients se fassent repérer par la police.

La loi C-36, au Canada, penche vers le modèle nordique (Suède, Danemark, Norvège...), en criminalisant l'achat et non la vente de services sexuels. Encore là, des organisations, comme Sex Professionals of Canada, s'y opposent. Elles estiment que le gouvernement fédéral considère « les travailleuses du sexe comme des victimes de violence, plutôt que de comprendre que c'est la criminalisation, l'isolement et la négation des droits et libertés qui engendrent la violence et l'exploitation des prostituées ».

Entre les deux, il y a des voix originales, comme celle du maire de l'arrondissement de Mercier-Hochelaga-Maisonneuve, Réal Ménard, avec son projet d'établir des zones désignées pour la prostitution.

Il semble utopiste qu'on puisse un jour encadrer une activité qui, par nature, se passe dans la marge et la clandestinité.

Pénaliser ou ne pas pénaliser ? Telle est la question qu'on ne tranchera sûrement pas ici. On peut toutefois se demander si une personne a vraiment le « choix » de vendre son corps, à l'instar d'un travailleur qui échange ses services moyennant rémunération. Permettez-nous d'en douter.

« La prostitution, c'est un rapport inégalitaire entre une personne qui a de l'argent et qui veut du sexe et une autre qui n'en veut pas, mais qui a besoin d'argent », résume la cinéaste Ève Lamont, qui a signé deux documentaires sur le sujet.

Le droit de protéger les personnes vulnérables est plus important que celui d'acheter des services sexuels. Sans tomber dans la morale ni le jugement du client, on s'étonne que ce dernier soit si aveuglé par son désir de jouir, qu'il ne réalise pas que la femme (ou l'homme) qui le soulagera a d'abord besoin d'aide avant son argent. L'immense détresse des prostituées qu'on croise dans les rues du quartier Hochelaga, par exemple, est visible à l'oeil nu. Même en pleine obscurité.

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