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François Cardinal

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C'est ce matin que se fera la toute dernière livraison du journal papier La Presse. Une édition qui consacre la fin d'une plateforme, mais surtout, d'une époque.

Le média que vous pouvez continuer à apprécier au quotidien sur votre tablette achève aujourd'hui sa mue, en quelque sorte. Le « journal papier » laisse derrière lui son enveloppe pour assurer sa croissance comme « journal », tout court, dans le sens littéral du terme.

Contrairement à son pendant anglais « newspaper », le mot « journal » réfère en effet à une « publication quotidienne consacrée à l'actualité ». Précisément ce qu'offre La Presse depuis 1884. Précisément ce qu'offre aujourd'hui La Presse+ que vous tenez entre vos mains.

Cette évolution, elle aura ainsi fait passer le journal de l'encre aux pixels. Et elle nous aura, du coup, rappelé une chose fondamentale : l'important, ce n'est ni le support ni la plateforme, c'est le contenu.

L'important, autrement dit, c'est la salle de rédaction qui alimente le média. C'est la crédibilité des journalistes qui y oeuvrent. C'est la fiabilité des nouvelles que les lecteurs peuvent consulter chaque jour. C'est la confiance que ces derniers accordent à ce qu'ils lisent.

L'important, bref, c'est la rigueur des artisans de l'information qui assemblent le quotidien au quotidien. Quel que soit son format.

***

Ce rappel, il est essentiel au moment où La Presse franchit une étape majeure de son développement, mais il l'est aussi au moment où les médias écrits d'ici et d'ailleurs vivent une crise sans précédent.

Partout au pays, des journaux ferment, des hebdomadaires s'éteignent, des salles de nouvelles sont décimées en raison de l'éclatement du modèle d'affaires traditionnel de la presse écrite.

Pas sorcier : les annonces, petites et grandes, qui constituaient jusqu'ici la majorité des revenus des journaux, ont migré vers le web. Même chose pour les lecteurs.

Au Canada, dans les années 50, il se vendait chaque jour plus de journaux qu'il y avait de foyers. Et à la seconde où l'accès à internet s'est répandu, le journal ne se retrouvait plus que dans un foyer sur deux. Imaginez aujourd'hui...

Les entreprises de presse écrite n'ont d'autre choix que de migrer elles aussi en multipliant les plateformes. Elles ont un site web, une application mobile, voire une présence immersive sur les tablettes numériques. Un phénomène, disons-le, qui est tout à l'avantage des lecteurs qui accèdent maintenant à l'information en temps réel, au moment qui leur convient, dans le format qui leur convient.

La crise qui ébranle la presse n'est donc pas, contrairement à ce qui est trop souvent colporté, une crise du lectorat, comme si celui-ci avait déserté les médias écrits. Au contraire, il s'est simplement déplacé, comme l'ont prouvé les entreprises qui ont osé revoir leur modèle d'affaires et de narration en prenant le virage numérique.

Un indice : le plus important tirage de La Presse papier avait été établi en 1971, avec un peu plus de 220 000 exemplaires... alors que le numéro de La Presse+ le plus lu a été consulté sur plus de 300 000 tablettes uniques !

Bien difficile dans un tel contexte de justifier l'impression et la distribution de journaux à grande échelle, dans toutes les rues du Québec, avec des centaines de camions.

Bien difficile surtout de s'accrocher à un modèle d'affaires caduc, qui rend impossible le maintien de la plus vaste salle de rédaction du Québec.

***

L'avenir est donc dans le journal... pourvu qu'il soit dynamique, interactif et numérique.

En cette fin 2017, on peut même dire que le « journal », en tant qu'outil civique ayant pour but de fournir au citoyen l'information la plus complète et crédible sur tout ce qui concerne ses affaires, a plus de pertinence que jamais.

C'est en effet par l'entremise d'un journal diffusé au quotidien que les lecteurs peuvent apprendre ce qui se passe au-delà de leurs intérêts particuliers, se repérer dans la multitude de nouvelles offertes sur le web et forcer leurs dirigeants à rendre des comptes.

C'est en comptant sur une vaste salle de rédaction que les lecteurs peuvent consulter des enquêtes soumises à ample vérification, profiter d'une couverture locale et internationale, se fier à des journalistes qui suivent scrupuleusement le guide de déontologie de leur profession.

Et c'est en s'appuyant sur une équipe de journalistes généralistes et spécialistes que les lecteurs peuvent séparer le bon grain des « fake news », sortir des bulles filtrantes des réseaux sociaux et s'extirper de la domination des géants de la Silicon Valley, qui n'ont pas le moindre souci pour la qualité de ce qui est diffusé sur leurs plateformes.

Il n'y a d'ailleurs qu'à jeter un oeil dans le rétroviseur pour se convaincre de l'utilité des médias écrits établis. N'eût été leurs salles de nouvelles, jamais la commission Charbonneau ni la commission Chamberland n'aurait vu le jour. Jamais n'aurions-nous entendu parler de la corruption dans la construction, des tactiques délétères des policiers, du scandale des commandites ou de la plupart des cas de harcèlements sexuels qui ont fait la chronique en 2017. Jamais n'aurions-nous eu la profondeur des échanges que permettent les pages Débats, ouvertes à tous.

Imaginez : La Presse a reçu cette année pas moins de 90 000 lettres envoyées par les lecteurs, un record !

C'est dans un tel contexte que La Presse réitère sa volonté de jouer son rôle, maintenant sur ses plateformes numériques. Avec le même professionnalisme, la même rigueur, la même pertinence.

Le support papier disparaît donc, mais la mission demeure : informer, enquêter, analyser, échanger, expliquer, débattre.

Voilà ce que La Presse fait depuis 1884. Voilà ce qu'elle continuera à faire avec enthousiasme, sur le web, le mobile et sur la tablette aussi. Avec un plus !

«L'évolution de La Presse nous rappelle que l'important n'est pas le support ni la plateforme, mais bien le contenu... et la salle de rédaction qui le rend possible.»





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