Sur les ruines de l'autoroute...

« En approchant des lieux, ce qui attire tout... (Photo Martin Chamberland, La Presse)

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« En approchant des lieux, ce qui attire tout de suite le regard, ce sont les sculptures majestueuses, à chaque extrémité », écrit François Cardinal.

Photo Martin Chamberland, La Presse

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En démolissant l'autoroute Bonaventure, ce n'est pas seulement un secteur névralgique de la ville qu'on a mis en valeur, c'est Montréal.

C'est la réflexion qu'on se fait en déambulant dans le tout nouveau parc aménagé en lieu et place de l'infrastructure sur pilotis qui défigurait l'entrée de la ville depuis 50 ans. En la faisant disparaître, on a réussi à retisser les quartiers, à exhumer ce qui avait été détruit à l'époque, tout en rapprochant le fleuve de la montagne.

Le moins qu'on puisse dire, c'est que le tout nouveau boulevard Robert-Bourassa, inauguré hier, est réussi.

Il s'agit même d'un projet audacieux, de grande qualité, terminé dans les temps (6 ans) et les budgets (141,7 millions de dollars), qui montre la voie que Montréal doit emprunter...

***

Pour la petite histoire, rappelons que l'autoroute avait été conçue pour Expo 67. Comme toute infrastructure de l'époque, elle a atteint sa durée de vie utile au tournant des années 2000, ce qui a forcé la réflexion sur son avenir.

Le fédéral, qui possède la partie allant du pont Champlain au canal de Lachine, ne s'est pas posé trop de questions : on refait à neuf. Tandis que la Ville de Montréal, alors dirigée par Gérald Tremblay, s'est faite courageuse avec la portion qui lui revient, du canal à la rue Notre-Dame : on démolit ! Tout !

Le « projet Bonaventure » est ainsi né, et après plusieurs versions critiquées, modifiées et remaniées au fil des années, un concept hybride - certains diront un compromis - a été aménagé sur les ruines d'une autoroute dont on ne s'ennuiera certainement pas.

Les voitures qui arrivent du pont Champlain perdent quelques voies, mais pas trop, pour éviter l'effet d'étranglement : on passe de douze à neuf voies au total. Deux d'entre elles sont réservées aux autobus puisqu'on a finalement mis de côté l'idée de les faire circuler dans les rues de Griffintown.

L'espace est donc encadré par une importante circulation, c'est vrai. N'empêche que le parc, qui suscitait des doutes à l'époque, s'avère finalement plus agréable que prévu. L'endroit est même une formidable oasis de verdure et de culture dans un secteur qui en manque cruellement.

***

En approchant des lieux, ce qui attire tout de suite le regard, ce sont les sculptures majestueuses, à chaque extrémité. Des sculptures d'une grande originalité, à travers lesquelles on peut se promener en toute liberté, qui donnent de la perspective au parc.

L'une attire le regard vers la montagne, l'autre vers les silos à grain qui bordent le fleuve, rappelant le caractère maritime de la ville.

Une fois dans le parc (qui n'a curieusement pas de nom), on est frappé par la qualité de l'aménagement et des matériaux, par la diversité des îlots et des aménagements paysagers, par les courbes et les reliefs de cet espace verdi aux deux tiers.

On sent l'influence du parc linéaire qui surplombe le Big Dig à Boston, aussi celle de la High Line à New York avec ses jeux de topographie et ses herbes sauvages. Mais avec une forte « montréalité » qui se découvre subtilement à chaque pas.

L'oeuvre Source de Jaume Plensa, par exemple, est bordée d'« échinacée de Montréal » (Echinacea "De Montréal"). Les escaliers intégrés à l'oeuvre Dendrites de Michel de Broin permettent de grimper à la hauteur de l'ancienne autoroute.

Entre les deux, des pierres de granite marquent l'empreinte originale du canal des Sulpiciens (XVIIe siècle). Des graminées rappellent l'existence de l'ancien marché au foin (1866 à 1938). Et un jardin de pluie recueillant les eaux de ruissellement a été aménagé dans l'axe de la petite rivière Saint-Pierre (disparue au XIXe siècle).

On se retrouve ainsi avec une succession d'îlots distincts, ayant chacun sa personnalité, dans lesquels on a pris la peine d'ajouter du mobilier urbain de qualité et des équipements pour les riverains. Un terrain de jeu pour les enfants de la garderie de la rue Duke. Un long banc de 385 m pour le lunch des travailleurs du secteur. Un espace de trekfit et des tables de ping-pong pour les résidants de Griffintown et du faubourg des Récollets.

Bref, sur les décombres d'une autoroute surélevée, on a réussi à aménager un boulevard urbain fonctionnel pour les voitures, tout en créant un espace convivial et esthétique pour les riverains. Un exploit qui pourrait bien devenir le principal legs du 375e anniversaire.




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