Jadis dénigré, aujourd'hui encensé

François Cardinal... (PHOTO LA PRESSE)

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François Cardinal

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Il est assez évident que Montréal a atteint son zénith architectural dans les années 60. Il suffit de se demander quelles sont les plus belles constructions en ville pour que nous viennent spontanément en tête Habitat 67, le dôme de Buckminster Fuller, la Place Ville Marie et, bien sûr, le Westmount Square.

Mais s'arrêter aux années 60, c'est oublier qu'il s'est ajouté des bijoux d'architecture depuis. L'audacieux Stade de soccer de Montréal dans Saint-Michel, par exemple. La tour IBM Marathon (devenue le 1250 René-Lévesque Ouest), le gratte-ciel contemporain le plus significatif de la métropole. Ou encore l'harmonieuse bibliothèque du Boisé dans Saint-Laurent.

Et il y a, par-dessus tout, ce bâtiment du centre-ville qui n'est pas encore apprécié à sa juste valeur même s'il s'agit probablement du plus réussi des projets des dernières décennies : l'édifice de la Caisse de dépôt.

En fait, ce qui mérite les louanges, c'est l'ensemble de l'oeuvre urbaine. Un ensemble bordé par le parc Jean-Paul-Riopelle d'un côté et par le square Victoria de l'autre, relié à merveille par l'édifice qui porte désormais le nom de Jacques Parizeau.

Difficile de trouver une construction qui s'harmonise aussi bien à son environnement, qui s'intègre avec autant de rigueur au tissu urbain... qu'il est d'ailleurs venu rapiécer.

Rappelons-nous l'horrible balafre qu'était ce secteur lugubre avant devenir le Quartier international ! Pas en 1930, dans les années 90 ! L'autoroute Ville-Marie avait complètement déstructuré l'endroit, qui était gris et morne malgré sa localisation stratégique.

Puis la firme Daoust Lestage a eu l'idée d'élaborer un plan directeur dont la bougie d'allumage a justement été l'édifice que la Caisse, très volontaire avec à sa tête Jean-Claude Scraire, a choisi de construire au-dessus de l'autoroute, sur l'un des terrains les plus ingrats en ville.

Quinze ans plus tard, on peut dire que les nombreuses critiques de l'époque étaient malvenues.

Symbole de gaspillage éhonté à l'époque, le bâtiment est aujourd'hui reconnu non seulement pour son rôle d'initiateur du Quartier international, mais aussi pour ses nombreux mérites architecturaux et urbanistiques.

À la fois majestueux, sobre et rigoureux, l'édifice est le seul à Montréal à faire front sur deux places publiques. Et pas n'importe lesquelles : les plus inspirantes de la ville ! Le square Victoria, avec ses fontaines et son enseigne du métro parisien. Puis l'incroyable place Jean-Paul-Riopelle, régulièrement baignée de brume, au coeur duquel trônent La joute et son cercle de feu.

Le bâtiment de la Caisse, signé par le consortium Gauthier Daoust Lestage, Lemay et Associés, FABG, agit ainsi comme un trait d'union entre deux oasis de verdure sans pareille. Il prend la forme d'un couloir de bois et de verre qui unit les deux parcs de belle façon grâce à ses atriums, ses verrières et son vaste parquet de 10 000 pieds carrés qui surplombe la rue Saint-Alexandre.

On a ainsi cicatrisé l'autoroute qui défigurait le quartier, tout en créant une place publique recouverte qui en relie deux autres à ciel ouvert.

Voilà un bâtiment à échelle humaine qui a ainsi complètement redéfini son quartier.

Un bâtiment qui a été pensé pour ses occupants, qui ont tous « droit à la lumière », mais aussi et surtout pour les piétons tout autour, qui profitent maintenant de ces espaces de qualité.

Preuve qu'il faut parfois attendre des années avant de reconnaître les décisions visionnaires. Preuve aussi que l'architecture de qualité ne s'est pas arrêtée aux années yéyé.




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