Quand on fait parler les morts...

François Cardinal... (PHOTO LA PRESSE)

Agrandir

François Cardinal

PHOTO LA PRESSE

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

Il n'y a pas que Montréal qui souhaite la disparition des référendums locaux. L'ensemble des municipalités exige finalement leur abolition, tout particulièrement la Ville de Québec.

Le maire Régis Labeaume est littéralement parti en guerre contre l'approbation référendaire, et dans sa croisade, il s'est adjoint un allié de taille : feu Jean-Paul L'Allier, qu'il qualifie de « père de la démocratie municipale ».

Ce soutien d'outre-tombe est bien commode, car non seulement il donne de la crédibilité à la croisade de M. Labeaume, mais en plus, ce dernier peut lui faire dire ce qui l'arrange...

Sur toutes les tribunes, l'actuel maire cite en effet son prédécesseur, qui s'opposait lui aussi aux référendums municipaux qui peuvent être déclenchés par une poignée de citoyens.

Pour Jean-Paul L'Allier, cet outil démocratique était vicié, car il retirait aux élus leur pouvoir de décision pour le transférer à des groupes d'opposants, qui bénéficiaient du coup d'un droit de veto sur tout projet.

« L'intérêt public, c'est beaucoup plus que l'intérêt particulier des citoyens touchés par l'intervention municipale », écrivait-il dans un rapport de 2008 devenu référence.

Très juste. Mais l'ancien maire de Québec était bien trop démocrate pour s'arrêter là, pour se contenter d'exiger l'élimination pure et simple des référendums, comme le font aujourd'hui MM. Coderre et Labeaume.

Ce que l'actuel maire de Québec ne dit pas, c'est que Jean-Paul L'Allier demandait bien la disparition des référendums... mais à condition qu'on mette sur pied « des mécanismes de consultation préalable conformes aux règles de l'art ».

Sa recommandation officielle : que les élus soient ceux qui prennent la décision « à la suite d'un processus garantissant la participation citoyenne en amont ».

La précision est importante, car il faut savoir que cette fameuse « consultation en amont », elle n'est pas obligatoire dans les municipalités du Québec. C'est au bon vouloir du maire...

La preuve, elle se trouve dans un rapport publié cette semaine par l'Institut du Nouveau Monde (INM), qui a dressé un diagnostic de la participation publique à Québec. On y rappelle qu'il y a 20 ans, à l'époque de Jean-Paul L'Allier, la capitale était pionnière lorsqu'elle a adopté sa politique de consultation publique.

Or, le legs de M. L'Allier... n'a pas été honoré par M. Labeaume. L'INM note en effet que « la majorité des instances et mécanismes nommés dans la politique (de 1996) ne sont plus utilisés depuis les cinq dernières années, voire davantage »...

À Montréal, c'est similaire. Il existe certes le très sérieux Office de consultation publique, mais Denis Coderre peut facilement le contourner, comme il l'a fait pour le recouvrement de Ville-Marie et la réfection de la rue Sainte-Catherine. Pas compliqué : rien n'oblige le maire à donner des mandats à l'Office... à part la menace d'un référendum local !

Tout le problème de l'abolition des référendums est là : on les élimine... sans les remplacer. On supprime un des rares leviers de négociation des citoyens... plutôt que de le substituer par d'autres mécanismes de participation civique, préférablement en amont.

Après tout, c'est ce que souhaitait le « père de la démocratie municipale ».




publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

la boite:2525685:box

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer