Plus que jamais, faut qu'on se parle

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François Cardinal

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C'est un dur rappel à l'ordre que cette attaque perpétrée dimanche soir à Sainte-Foy.

Un rappel que nul n'est à l'abri, évidemment. Mais aussi un rappel qu'il existe en Occident, au Canada, au Québec, un malaise, un ressentiment, une intolérance contre la communauté musulmane, cible d'«actes isolés», mais néanmoins répétés.

On ne peut évidemment échafauder de grandes théories à partir d'un seul attentat commis par un seul homme dans une seule mosquée, surtout pas à cette étape de l'enquête.

Mais on ne peut pas non plus passer sous silence le contexte dans lequel un acte aussi barbare a été commis.

Les discours et les crimes haineux dirigés contre les musulmans sont en hausse un peu partout à l'extérieur du Québec, les chiffres et témoignages le prouvent. Mais ils le sont aussi au Québec. Ils le sont dans la capitale, dans la métropole et ailleurs en région.

Or ce constat, on semble incapable de l'aborder collectivement, car trop chargé politiquement. On semble incapable de se poser les questions qui s'imposent, car trop chargées émotivement.

Les progressistes et la gauche multiculturelle ont tendance à tirer plus vite que leur ombre, qualifiant ceux qui osent la moindre critique de l'islam de racistes, xénophobes, islamophobes. Tandis que la droite identitaire et les conservateurs accusent les «bien-pensants» de jouer ainsi les «idiots utiles» de l'islamisme, façon habile d'éviter tout lien entre leur propre intransigeance et la montée de l'intolérance.

Le désaccord sur l'existence même d'une islamophobie est ainsi devenu une sorte de paratonnerre qui bloque tout autre débat... au moment où un tel débat n'a jamais été aussi pressant et nécessaire. Surtout au Québec, où l'on semble incapable de trouver une voie mitoyenne et raisonnable entre la Charte des valeurs du PQ et le laisser-faire du PLQ.

Laissons donc tomber les arguties sur l'islamophobie et concentrons-nous sur des mots moins chargés, moins controversés.

Parlons de discrimination, de stigmatisation ou de marginalisation s'il le faut. Mais parlons-en.

Parlons des agressions verbales et physiques dont plusieurs musulmans font état.

Parlons de l'intimidation dont certains élèves sont victimes à l'école, selon le Conseil national des musulmans canadiens.

Parlons de la discrimination à l'embauche, confirmée par toutes les statistiques possibles et imaginables.

Parlons des menaces ciblant les arabo-musulmans, «le groupe le plus touché par les diverses formes de discrimination», selon le rapport Bouchard-Taylor.

Parlons de la tête de porc, des tracts, des affiches et des graffitis haineux contre l'islam.

Parlons-en ensemble. Calmement. Sans esquive ni faux-fuyant. Sans se traiter de racistes ni d'idiots.

Car s'il y a une chose que révèle cet attentat, au-delà des détails précis de l'acte comme tel, c'est le trouble, le malaise, l'inquiétude que ressent un grand nombre de musulmans au Québec. Un sentiment formulé en marge de l'attaque dans les entrevues, les vox-pop, les témoignages et les réseaux sociaux.

On était bien content ce week-end d'être «du bon bord» : celui de Justin Trudeau qui tweete #bienvenue au moment où son voisin ferme ses frontières à double tour aux musulmans. Mais cet attentat qui, lui aussi, visait des musulmans vient nous rappeler que la tolérance ne se résume pas à ouvrir nos portes. Encore faut-il ouvrir nos bras.

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