Le bilinguisme, yes sir !

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François Cardinal

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Les trois quarts des francophones jugent que leur langue est menacée, mais tout juste un tiers des anglophones s'inquiètent pour l'avenir du français.

Ce constat, tiré d'un sondage mené pour Patrimoine canadien, peut sembler alarmant à première vue. Il peut donner l'impression d'un éloignement en cours des « deux solitudes » et d'un attachement à géométrie variable pour le bilinguisme du pays, comme le laissait entendre Le Devoir en manchette, hier.

Or, s'il y a toutes sortes de bonnes raisons de s'inquiéter de l'avenir du bilinguisme au Canada, la récente enquête d'opinion du gouvernement fédéral n'en est pas une. Au contraire même, les résultats sont plutôt positifs dans leur ensemble.

S'il y a un constat à retenir de ce sondage, ce n'est pas que les anglophones n'ont pas la même connaissance des menaces qui pèsent sur la langue française que les francophones, ce qui va de soi. C'est plutôt qu'ils considèrent que le français fait partie de leur identité... et ce, peu importe s'ils connaissent la langue.

Pour 82 % des répondants, en effet, la dualité linguistique est un atout qui « facilite la compréhension entre les Canadiens ». Pour 70 % d'entre eux, les deux langues font partie de notre identité comme pays, un fait avec lequel 54 % se disent fortement d'accord. Et pas moins de 80 % estiment que le fait de parler français et anglais améliore les chances de trouver un emploi.

Voilà ce qui est important : la reconnaissance, encore aujourd'hui, de la dualité linguistique comme partie intégrante de l'identité canadienne.

Rappelons-nous la commission Laurendeau-Dunton, l'adoption de la première Loi sur les langues officielles, les politiques de Trudeau père : le but n'a jamais été de faire reposer la survie du fait français sur les épaules des anglophones, encore moins de forcer ces derniers à apprendre la langue de Michel Tremblay.

On a plutôt misé sur le bilinguisme institutionnel, de façon à ce que « les principales institutions » puissent dispenser leurs services dans les deux langues à des citoyens qui peuvent fort bien être unilingues « dans l'immense majorité », écrivaient les commissaires Laurendeau et Dunton dans un volet de leur rapport qui fête justement ses 50 ans cette année.

Or, le sondage de Patrimoine canadien ne suscite pas l'inquiétude à cet effet... ce qui ne veut pas dire qu'il n'y a pas d'inquiétude à avoir. Seulement, elle se trouve ailleurs. Dans un taux de bilinguisme tiré par le bas par une immigration allophone. Dans un désintérêt croissant des plus jeunes pour la maîtrise des deux langues. Et dans le peu de considération manifesté jusqu'ici par le premier ministre lui-même...

Il est en effet assez ironique de constater la désinvolture avec laquelle Justin Trudeau a traité du bilinguisme en 2016 alors que son père en avait fait une mission personnelle. Le mois dernier, lorsque l'animateur Patrice Roy a demandé à Trudeau fils s'il appuyait l'idée de désigner Ottawa ville bilingue, il lui a répondu - de son propre aveu - de façon « baveuse ». « Est-ce que la Ville de Gatineau serait ouverte à devenir une ville bilingue, elle ? », a-t-il lancé, avec un sourire moqueur tout à fait déplacé.

L'incident peut paraître anecdotique, mais il ne l'est pas, surtout de la part d'un premier ministre qui a parlé du Canada comme d'une seule nation quelques mois plus tôt, une sortie qui dénote un manque de sensibilité pour l'histoire du pays.

Or, c'est l'absence de leadership politique, l'absence de vigilance de ceux qui ont le mandat d'encourager le bilinguisme dans l'ensemble du pays qui peuvent miner son avenir au moment où certains indicateurs suscitent l'inquiétude. Bien plus que le manque de compréhension des anglophones pour les menaces qui pèsent sur le français.




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