Le malaise Montréal

« Surtout, surtout, ne pas donner à Montréal quoi... (PHOTO BERNARD BRAULT, ARCHIVES LA PRESSE)

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« Surtout, surtout, ne pas donner à Montréal quoi que ce soit de plus que les autres villes de la province », ironise François Cardinal.

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Trop positif. Trop léché. Trop de clichés.

Le traitement accordé à la métropole lors de l'émission sur le 375e anniversaire de la ville, Montréal s'allume, diffusée dimanche dernier, a fait vivement réagir, surtout en dehors de l'île, où on a reproché à la production son côté carte postale... comme si le fait de présenter Montréal positivement était un sacrilège !

On parie que le Québec au grand complet se serait levé pour applaudir si une vitrine aussi positive avait été offerte à la capitale, à la Gaspésie ou à Charlevoix ?

Il y avait certes des ratés dans cette émission qui partait dans tous les sens, mais ce que révèle la dureté des critiques, le nombre de reproches faits à ce show « imposé à tout le Québec » et la quantité d'attaques contre cette « ode à la ville aux cônes orange », c'est un malaise bien plus profond.

Un malaise qui surgit chaque fois qu'on semble accorder le moindre traitement de faveur à la métropole...

Il est d'ailleurs intéressant de noter que ce ressac survient quelques jours après le dévoilement du « statut de métropole » par le gouvernement Couillard. Une annonce qui donne l'impression qu'on accède enfin aux demandes de Montréal, mais qui répond dans les faits à ce malaise ressenti un peu partout au Québec face à « la grande ville ».

Oui, bien sûr, on lui accorde plus de pouvoirs et d'outils, des responsabilités en matière d'immigration, une marge de manoeuvre gagnée en matière économique, une autonomie nouvelle en matière d'habitation. Autant de bonnes nouvelles.

Mais en grattant un peu, on perçoit aussi les limites que n'a pas voulu franchir le gouvernement. On note la diversification limitée des revenus. On constate que le « réflexe Montréal », censé précéder toute décision gouvernementale, est loin d'être gravé dans les Tables de la loi.

Et il y a plus significatif encore : le fait qu'en parallèle, le gouvernement se soit senti obligé de hausser les pouvoirs... de la Ville de Québec et des 1000 autres municipalités de la province !

Surtout, surtout, ne pas accorder à Montréal la moindre attention qui pourrait ressembler à l'ombre du début d'un traitement préférentiel !

Surtout, ne pas donner à la principale ville une quelconque primauté. Surtout, ne pas avoir l'air d'aimer plus un enfant qu'un autre...

Il faut « donner égal ». Il faut « équilibrer ». Il faut accorder aux municipalités le statut de « gouvernement de proximité » et à Québec celui de « capitale », si on veut faire passer sans trop de critiques le statut « spécial » pour Montréal.

Ainsi va la province qui n'assume pas sa métropole...

Le gouvernement refait ainsi le coup de 1996. Rappelez-vous : Lucien Bouchard avait profité de son discours inaugural pour signifier sa volonté de reconnaître le caractère spécifique de « la métropole », qui « nécessite un traitement particulier », voire « un pouvoir métropolitain spécifique ».

C'est grâce à cet élan enthousiaste qu'à l'époque, on avait créé Montréal international et l'Agence métropolitaine de Montréal. On avait aussi ajouté dans le titre du ministre des Affaires municipales le mot « Métropole ». On reconnaissait enfin à la plus importante ville du Québec son rôle de locomotive, sa fonction de moteur économique, sa capacité d'induire des gains collatéraux à la grandeur du territoire.

Or, la jalousie et les pressions politiques qui ont suivi ont été telles que le gouvernement a aussitôt dû rétablir l'équilibre, en donnant aux régions de la main gauche ce qu'il avait donné à Montréal de la main droite : la Politique de soutien au développement local et régional, le ministère des Régions, les Centres locaux de développement, etc.

Surtout, surtout, ne pas donner à Montréal quoi que ce soit de plus qu'aux autres villes de la province. Comme si elles se valaient toutes. Comme s'il fallait toujours privilégier le « mur-à-mur », de Saint-Lin à Notre-Dame-des-Sept-Douleurs, en passant par Maskinongé et la municipalité de Montréal...

La différence entre 1996 et 2016, c'est que cette fois, on s'est abstenu d'ajouter le mot « métropole » au titre du ministre Martin Coiteux. De crainte peut-être de perdre des votes en région, ou simplement de déplaire à ceux qui refusent la moindre attention portée à la métropole.




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