Le bandit

« On ne saura jamais si Gilles Vaillancourt est... (Photo David Boily, La Presse)

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« On ne saura jamais si Gilles Vaillancourt est un gangster, mais il sera un criminel, un voleur, un fraudeur. Il sera aussi un détenu, un prisonnier, un condamné », écrit François Cardinal.

Photo David Boily, La Presse

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Gilles Vaillancourt est un bandit.

Cette lourde étiquette, que l'ancien maire de Laval portera jusqu'à la fin de ses jours, prouve à elle seule que la peine qui lui sera infligée est sévère. On ne saura jamais si Gilles Vaillancourt est un gangster, mais il sera un criminel, un voleur, un fraudeur. Il sera aussi un détenu, un prisonnier, un condamné.

C'est énorme quand on sait les difficultés qui attendaient la Couronne dans ce dossier d'une importance capitale. Le fait que le procès n'était même pas encore commencé, par exemple, malgré l'épée de Damoclès que constitue l'arrêt Jordan. Le nombre élevé de coaccusés. Et ce fameux chef d'accusation de gangstérisme, jamais utilisé contre un politicien.

Le chemin le plus sûr entre les points A et B est la ligne droite, et c'est le tracé qu'a choisi de suivre la Couronne.

Un tracé qui évite les écueils et nous amène directement là où il fallait, c'est-à-dire à l'imposition d'une peine. Plus tôt que tard.

C'est vrai, l'ex-roi de Laval passera deux ans, voire une seule année au pénitencier. Mais il faut retenir qu'il risque d'être formellement condamné à six années, soit le haut de la fourchette en matière de fraude. Une peine comme on n'en a jamais vu contre un élu. Une peine pour « turpitude morale » qui pourrait bien l'empêcher de remettre les pieds dans son condo de Floride.

Et au-delà de ces détails, il y a une chose à retenir, une seule : Gilles Vaillancourt est passé hier de l'île Paton à la prison. Point.

Comme Lise Thibault avant lui, l'important est moins le temps passé derrière les barreaux que le fait de passer du temps derrière les barreaux. Un symbole extrêmement fort dans le contexte politique qu'on connaît, surtout après les craintes d'arrêt de procédure entendues à tort ou à raison en début de semaine.

Le même raisonnement vaut pour l'amende de 8,5 millions. Le montant n'est pas à la hauteur de la faute, entendons-nous. L'ancien homme fort de Laval aurait détourné plusieurs fois cette somme (et c'est sans compter les dégâts urbanistiques provoqués pendant ses 23 années au pouvoir, les ravages causés aux fondements démocratiques et administratifs de la ville, le démantèlement des contre-pouvoirs, etc.).

Rapatrier quelques millions d'un compte en Suisse n'efface pas tout comme par magie.

Reste que dans l'absolu, dans notre système judiciaire, la somme exigée est substantielle.

Pour s'en convaincre, il suffit de rappeler un seul nom : Ronald Weinberg. Gilles Vaillancourt aurait bien pu l'imiter, s'enfermer dans le silence et étirer les procédures jusqu'à l'extrême. Cette stratégie, après tout, a permis au cofondateur de Cinar de réduire l'amende payée à... rien.

Au contraire, Gilles Vaillancourt versera plusieurs millions et se défera de son condo. Il ira en prison. Et surtout, il fera face à une telle peine après avoir reconnu sa culpabilité.

Il y a là un énorme soupir de soulagement à pousser collectivement. Et il y a là une peine supplémentaire pour l'ancien maire, qui ne pourra plus se présenter en « homme intègre ». Il ne pourra plus prétendre avoir été injustement traité. Il ne pourra plus parler de son héritage, de « son » métro, « son » autoroute 25, « ses » taxes basses, sans évoquer un legs terni à jamais.

Bref, c'est la fin du déni pour le roi déchu de Laval.




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