À la recherche du stationnement perdu

Partout au centre-ville, les cases de stationnement hors... (PHOTO DAVID BOILY, ARCHIVES LA PRESSE)

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Partout au centre-ville, les cases de stationnement hors rue constituent l'offre en stationnement la plus importante.

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Dans les villes américaines, lors d'une journée de semaine ordinaire, le tiers des voitures qui roulent au centre-ville... tournent en rond. Elles se cherchent tout simplement une place de stationnement.

Même chose à Montréal ? Il n'y a pas de chiffres qui l'attestent, mais je n'aurais pas de misère à le croire. Ça m'a pris une bonne vingtaine de minutes pour me stationner jeudi dernier à proximité de la Place Montréal-Trust. J'ai bien dû franchir 4 km et 25 feux de circulation... avant d'aboutir dans une case « 15 min 7 h-18 h LUN à VEN ».

Bon, faut dire que j'étais dans le Ground Zero du parking à Montréal. Le taux d'occupation des cases dans ce quadrilatère est de 94 %. En après-midi, il atteint... 99 % !

Manifestement, il y a un problème de stationnement au coeur de la ville. Un problème auquel on ne proposait qu'une solution jusqu'ici : ajouter d'autres espaces de stationnement. La demande augmente, augmentons l'offre. Point.

Or cette approche digne des années 80 vient de prendre la poubelle. La nouvelle politique de stationnement de Montréal, présentée la semaine dernière par le maire Coderre, révolutionne les façons de faire.

On ne laisse plus les ingénieurs en circulation appliquer leurs solutions formatées : on confie le stationnement aux urbanistes, plutôt, afin qu'ils en fassent un outil de gestion de la mobilité, de l'aménagement du territoire et du développement économique.

On abandonne donc Stationnement de Montréal et ses parcomètres aux tarifs fixes, et on remplace par une gestion plus intelligente, qui fait appel aux nouvelles technologies et aux modulations de tarifs, selon l'heure, le secteur, la demande.

Une politique nécessaire, mais aussi progressiste et réussie. Bravo.

Ce que je trouve le plus prometteur, personnellement, c'est un court passage d'une ligne qui est passé inaperçu jusqu'ici. Un passage où on propose « d'entreprendre une démarche avec le secteur privé » afin d'augmenter l'offre en stationnement de courte durée.

Ça n'a l'air de rien de même, ça peut même sembler paradoxal quand on se refuse d'ajouter du parking, mais la solution pour le centre-ville, elle est là, si tant est qu'on la pousse suffisamment loin.

C'est ce qu'a fait Seattle, par exemple. Prise avec un problème de stationnement au centre-ville, elle a trouvé une façon brillante d'augmenter l'offre... sans ajouter de parkings. Elle a tout simplement profité des milliers de cases de stationnement qu'on retrouve dans les immeubles de bureaux un peu partout au coeur du quartier des affaires. Des cases souvent vides, inoccupées le soir et le week-end.

Tout ce qu'il a fallu, c'est un programme municipal d'à peine 2 millions de dollars...

En gros, la Ville a créé une signalisation unique. Elle a implanté de l'affichage dynamique partout. Elle a élaboré un site web et une application. Puis, elle a proposé aux propriétaires d'immeubles d'intégrer le programme gratuitement en affichant publiquement leurs places disponibles, en temps réel.

Seules contraintes : ils doivent proposer la même tarification que tout le monde, apposer la signalisation de la Ville, acheter un uniforme unique pour les employés. Pas plus compliqué que ça.

Et voilà ! Seattle a profité de stationnements existants pour « créer » des milliers de nouvelles cases de courte durée partout en ville. Une sorte de partenariat public-privé qui peut inspirer Montréal dans la « démarche » qu'elle souhaite entreprendre.

« Montréal devrait clairement regarder le modèle de Seattle, croit François Croteau, de Projet Montréal. Le processus de négociation ne serait peut-être pas facile, mais ça vaut la peine d'essayer. »

D'autant que presque partout au centre-ville, les cases hors rue constituent l'offre en stationnement la plus importante. Une sorte d'immense potentiel inexploité.

« Il n'y a pas un propriétaire d'édifices qui est content de ne pas utiliser des espaces de stationnement pour une partie de la journée, note Michel Leblanc, président de la Chambre de commerce de Montréal. Ils seraient donc prêts à collaborer à un mécanisme qui permettrait d'occuper ces espaces de stationnement après les heures de bureau. »

La nouvelle Politique de stationnement de Montréal contient tous les éléments pour aller dans cette direction, suffit de la pousser plus loin pour qu'on arrête de tourner en rond au centre-ville.

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