Le père Noël est-il conservateur?

La revendication du pôle Nord par le Canada... (Photo JONATHAN HAYWARD, archives La Presse Canadienne)

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La revendication du pôle Nord par le Canada se voudrait plus un geste qui s'adresse aux électeurs canadiens, plutôt qu'aux Russes ou aux Danois.

Photo JONATHAN HAYWARD, archives La Presse Canadienne

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Le père Noël est-il Canadien? La question a fait débat à la Chambre des communes, mardi dernier. Les conservateurs ont répondu que la chose allait de soi, puis ils ont attaqué les libéraux en soutenant qu'eux ne le considèrent pas comme tel. Foutaise, a rétorqué Justin Trudeau en brandissant le fameux code postal H0H0H0, «tout le monde sait qu'il est Canadien»...

De la politique dans ce qu'elle a de plus burlesque? Oui, au même titre que la tentative de Stephen Harper de revendiquer le pôle Nord auprès de l'ONU...

Le Canada a déposé il y a dix jours une demande visant à définir les frontières de son plateau continental dans l'océan Arctique. Une demande incomplète, toutefois, car le premier ministre serait intervenu à la dernière minute pour exiger que les scientifiques modifient la soumission. Selon le Globe and Mail, il les aurait en effet sommés de réinterpréter plus généreusement leurs données afin qu'il puisse revendiquer formellement le pôle Nord, que se disputent la Russie et le Danemark...

Certains ont vu dans cette intervention politique une autre fronde des conservateurs contre la science. Il y a un peu de cela, bien sûr, dans cette instrumentalisation des données scientifiques. Mais il y a, surtout, beaucoup de théâtre dans un geste qui se veut plus démagogique que géopolitique. Un geste qui s'adresse non pas aux Russes et aux Danois, mais bien aux électeurs canadiens...

Tout est question d'image dans cette esbroufe qui rappelle les conférences de presse de Stephen Harper chez Tim Hortons et ses balades pittoresques en VTT dans le Grand Nord. Des sorties qui visent à montrer un visage patriotique du gouvernement, mais qui ont peu d'incidences sur le terrain.

On le voit au faible intérêt que portent les conservateurs au Conseil de l'Arctique, une organisation d'importance qui ne se retrouve dans aucun discours du premier ministre... même si le Canada le préside depuis janvier dernier. On le voit dans le peu d'équipements militaires et scientifiques déployés dans le Grand Nord ces dernières années, malgré toutes les belles promesses. Un centre de formation des Forces armées a bien ouvert à Resolute Bay, mais on attend toujours les ports en eau profonde, les navires de patrouille et les brise-glace.

On le voit dans l'attentisme d'Ottawa en terme de lutte et d'adaptation aux changements climatiques, alors que l'Arctique est la principale victime canadienne des émissions de gaz à effet de serre.

Et on le voit, enfin, dans cette volonté de travestir la science pour arriver à un objectif illusoire. Si M. Harper est mécontent, c'est que les données scientifiques arrivent à la conclusion que le pôle Nord n'est pas une extension du plateau continental canadien. Or comme le souligne Joël Plouffe, de l'Observatoire de la politique et la sécurité de l'Arctique (CIRRICQ), on ne peut redessiner les frontières pour qu'elles correspondent aux ambitions géopolitiques du premier ministre. Pas plus, d'ailleurs, qu'on ne peut tordre les données scientifiques pour faire du père Noël un Canadien...




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