Les oeillères de l'ex-maire

L'ancien maire de Montréal, Gérald Tremblay.... (Photo Hugo-Sébastien Aubert, La Presse)

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L'ancien maire de Montréal, Gérald Tremblay.

Photo Hugo-Sébastien Aubert, La Presse

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On pensait que Gérald Tremblay était «l'homme qui ne savait pas», on sait maintenant qu'il était «l'homme qui ne voulait pas savoir».

Le témoignage de l'ex-maire à la Commission Charbonneau a confirmé la bonhommie du personnage, son caractère authentique, attachant, lunatique et souvent insaisissable. Mais surtout, les propos de M. Tremblay ont démontré qu'il avait une responsabilité plus grande qu'il ne l'avoue dans le gâchis dans lequel la Ville est plongée.

On parle beaucoup, depuis jeudi, de sa naïveté. On évoque la confiance aveugle qu'il accordait à son entourage. C'est d'ailleurs la seule faute que se reconnaît M. Tremblay: une propension à trop faire confiance.

Plutôt commode. Car si là est son pire défaut, sa responsabilité en est aussitôt réduite. La faute incombe davantage à ceux qui trahissent la confiance d'une personne... qu'à la personne qui fait aveuglement confiance à ceux qui la trahissent.

Or il apparaît maintenant que la principale faute de l'ancien maire est ailleurs: dans sa passivité, autrement plus grave que sa naïveté.

L'homme se voyait en sauveur. «La Ville était en péril», et donc, il devait se porter à son secours... quitte à se mettre des oeillères et ainsi éviter d'être distrait par quoi que ce soit qui l'éloigne de sa «mission».

Il était ainsi plus important d'aligner les politiques et stratégies que de fouiller des allégations, poser des questions ou simplement tendre l'oreille à toutes ses rumeurs qui ont circulé dès sa prise de pouvoir en 2001.

M. Tremblay a certes agi à l'occasion. Quand il n'avait plus le choix, quand les preuves lui étaient apportées sur un plateau d'argent, quand les faits étaient trop accablants pour regarder ailleurs. Mais lui ne les a jamais demandés, pas même après les «trahisons» de MM. Abdallah et Trépanier qui signalaient déjà, en 2006, la présence possible de collusion et de financement douteux.

M. Tremblay a beau avoir été obligé de montrer la porte à plusieurs personnes au fil du temps, il s'est refusé d'y voir autre chose que des cas isolés. Une preuve de plus de son aveuglement volontaire, mais surtout, de son apathie, sans laquelle la Ville n'aurait pu être ainsi dévoyée.

Le maire voyait Bernard Trépanier dans les activités de financement de son parti, mais n'exigeait aucune explication. Il était persuadé que ce dernier avait tenté d'extorquer une entreprise, mais le laissait remplir des salles pour collecter des fonds pour son parti. Il savait, en bon avocat, qu'une tentative de corruption est un crime, mais a accepté de fermer les yeux comme on le lui conseillait. Il savait que des rumeurs circulaient sur l'existence d'une cote de 3% exigée au nom d'Union Montréal, mais les a ignorées car on n'en retrouvait pas trace dans les documents officiels de son parti!

Bref, si M. Tremblay ne savait pas, c'est qu'il ne voulait pas savoir. Même s'il était le maire, s'il était le dernier rempart contre la corruption, s'il trahissait ainsi la confiance que les citoyens lui accordaient.

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