Elvis et les schistes

Une tour de forage installée à Saint-Barnabé-Sud, en... (Photo: François Roy, La Presse)

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Une tour de forage installée à Saint-Barnabé-Sud, en Montérégie, afin de trouver du gaz de schiste.

Photo: François Roy, La Presse

François Cardinal
La Presse

Vous croyez qu'Elvis est vivant? Que le premier pas sur la Lune est une mise en scène? Dans ce cas, vous êtes aussi naïf que ceux qui prétendent que les eaux souterraines peuvent être contaminées par l'exploration du gaz de schiste.

Du moins, c'est ce qu'a soutenu le 5 juillet dernier sur son blogue le patron de la société Questerre, Michael Binnion, pour qui tous ces «mythes» s'équivalent. Il réaffirmait ainsi les propos de son homologue d'ExxonMobil, qui déclarait l'an dernier, devant le Congrès américain, qu'«il y a eu plus d'un million de puits fracturés dans l'histoire, et (qu') il n'existe pas un cas rapporté de contamination des aquifères. Pas un seul.»

Or un mensonge répété deux fois demeure un mensonge, comme en attestent de récentes révélations sur l'exploitation des shales gaziers.

Le New York Times a fait état, la semaine dernière, d'un rapport de l'Agence environnementale américaine (EPA) datant de 1987. La conclusion: les produits chimiques utilisés dans la fracturation d'un puits en Virginie occidentale ont contaminé une source d'eau potable se trouvant à proximité.

Farfelu? L'American Petroleum Institute reconnaissait pourtant, dans le même document, que les dommages avaient bel et bien été «causés par un accident ou un dysfonctionnement du procédé de fracturation» ...

On ne peut évidemment tirer une conclusion aujourd'hui d'une contamination d'hier, mais on peut à tout le moins remettre en question les certitudes de l'industrie. D'abord parce que les auteurs de l'étude affirment qu'ils étaient au fait de «douzaines» d'autres cas de contamination qu'ils n'ont pu analyser à l'époque en raison des objections des compagnies gazières. Ensuite parce que plusieurs scientifiques à l'oeuvre aujourd'hui contredisent, à leur tour, les promesses d'étanchéité de l'industrie.

En mai dernier par exemple, l'Académie nationale des sciences publiait une étude documentant d'autres cas de contamination. Pas question de produits chimiques cette fois, mais de grandes quantités de méthane qui auraient migré dans les couches aquifères des États de New York et de Pennsylvanie. Le gaz était 17 fois plus concentré aux abords des puits actifs qu'ailleurs.

Encore une fois, aucune conclusion définitive ne peut être tirée. Aucune conclusion, sinon qu'il faut prendre de grandes précautions, tant avec les «garanties» de l'industrie qu'avec la fracturation hydraulique.

Il s'agit d'un sérieux avertissement lancé aux experts québécois qui travaillent à l'Évaluation environnementale stratégique, due en 2013. Le message: ils ne peuvent se contenter d'examiner «la pertinence socioéconomique de l'exploitation». Ils doivent aussi se pencher sur ses conséquences écologiques, et ainsi soupeser, si besoin est, la nécessité d'interdire la fracturation. Comme envisage d'ailleurs de le faire la France.

Entendons-nous, les cas de contamination des nappes phréatiques ne sont peut-être pas légion. Mais ils ne sont certainement pas une fabulation.

francois.cardinal@lapresse.ca

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