Récupérer l'argent des médecins spécialistes? Bonne chance!

François Legault... (PHOTO EDOUARD PLANTE-FRECHETTE, archives La Presse)

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François Legault

PHOTO EDOUARD PLANTE-FRECHETTE, archives La Presse

Ariane Krol

Éditorialiste

La Presse

François Legault compte revenir sur l'entente avec la Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ) pour financer une partie de ses promesses électorales. « Cela représente 1 milliard par année, récurrent », a indiqué le chef de la Coalition avenir Québec en entrevue à La Presse cette semaine. La CAQ a intérêt à trouver d'autres sources de revenus, car celle-là est loin d'être assurée.

L'encre de la dernière entente entre Québec et le syndicat des médecins spécialistes était à peine sèche que les trois partis de l'opposition menaçaient déjà de la raturer. Il n'est donc pas étonnant que ce discours refasse surface à l'approche de la campagne électorale.

Menacer de rouvrir un contrat pour se démarquer du parti au pouvoir, c'est une chose. Compter là-dessus pour boucler son budget, c'est une autre histoire.

La FMSQ, on l'a vu, n'a pas fait de cadeaux aux gouvernements qui se sont succédé à Québec. Et elle n'aura pas davantage envie d'en faire après les élections. « L'option de recommencer à se chicaner le 2 octobre, ça ne nous intéresse absolument pas », nous a indiqué la présidente du syndicat, Diane Francoeur.

Vérification faite, un gouvernement caquiste attendrait d'avoir les résultats de l'étude indépendante commandée à l'Institut canadien d'information sur la santé (ICIS) pour entamer une négociation officielle. L'ICIS doit remettre son rapport au plus tard le 1er septembre 2019. On ne parle donc pas de tuer l'ours, mais de négocier avec lui. Sauf que cet ours-là entend défendre chèrement sa peau.

Le syndicat des spécialistes est bien prêt à se rasseoir avec Québec lorsque les résultats de l'ICIS seront disponibles, comme le prévoit l'entente. Il n'ira cependant pas dans un esprit de capitulation. « On a signé une entente jusqu'en 2023, il n'y a aucune raison de se chicaner avant », souligne Diane Francoeur.

Le prochain gouvernement ne trouvera d'ailleurs aucune prise dans ladite entente. Les constats de l'ICIS pourront servir à corriger un écart à la hausse, mais pas à la baisse, stipule en effet le document. Et ça inclut les sommes prévues jusqu'en 2027 - même si l'accord se termine en 2023.

Rappelons aussi que les spécialistes québécois ne seront pas seulement comparés à leurs confrères ontariens, comme le fait la CAQ (voir calcul ci-contre), mais à ceux de tout le Canada, avec qui l'écart semble moins important.

Les données préliminaires donnent à penser que le fameux rattrapage, au nom duquel les spécialistes québécois ont obtenu de généreuses augmentations au fil des ans, est non seulement complété, mais qu'on a dépassé la moyenne canadienne. Les formules de rémunération sont cependant tellement différentes d'une province à l'autre qu'il est impossible, en l'absence d'une étude détaillée comme celle de l'ICIS, de chiffrer un tel écart - et, donc, les sommes qui seraient payées en trop au Québec.

Si l'ICIS confirme que nos spécialistes sont surpayés, le gouvernement aura effectivement de la pression de la population pour aller chercher son dû. Mais ça ne l'autorise pas à agir unilatéralement pour autant.

Jean-François Lisée, qui promet de suspendre aussi bien les hausses des médecins de famille que celles des spécialistes si le Parti québécois remporte les élections, reconnaît d'ailleurs qu'il y aurait « probablement des contestations ».

Nous l'avons maintes fois répété : l'évaluation indépendante de l'écart de rémunération qui devait être réalisée il y a sept ans aurait dû être faite avant d'accorder quelque « rattrapage » supplémentaire que ce soit.

En l'absence de ces données, Québec a négocié à l'aveuglette avec les syndicats de médecins. Mais cette ignorance, dont il est en partie responsable, ne lui donne pas le droit de revenir sur l'entente qu'il a signée.

Aller chercher de l'argent dans les poches des médecins pour financer de nouvelles mesures est une idée séduisante, mais difficilement réalisable, surtout à court terme. Le gouvernement qui se lancera là-dedans risque de dépenser une fortune devant les tribunaux, sans aucune garantie de succès.

Les calculs de la CAQ à l'endos de l'enveloppe des médecins spécialistes

Selon les données de l'Institut canadien d'information sur la santé (ICIS), les médecins spécialistes du Québec ont reçu un paiement clinique brut moyen 9,9 % plus élevé que leurs confrères ontariens en 2015-2016

Paiement brut moyen

403 637 $ Québec

- 367 154 $ Ontario

Différence 36 383 $ (9,9 %)

______

La Coalition avenir Québec (CAQ) considère aussi que les spécialistes québécois sont avantagés par le coût de la vie, qu'elle estime 12 % plus élevé en Ontario

Rémunération plus élevée : 9,9 %

Coût de la vie moindre : +12 %

Total 21,9 %

______

Ce qui fait dire à la CAQ que le gouvernement verse donc 21,9 % de trop aux médecins spécialistes.

Et ce facteur, lorsqu'on l'applique à l'enveloppe des spécialistes pour l'année 2015-2016*, représente près d'un milliard : 

21,9 % de 4,559 milliards = 998 530 500 $

*Réponse fournie par la Régie de l'assurance maladie du Québec à l'étude des crédits 2016-2017 : « La dépense probable pour 2015-2016 est de 4559,5 millions de dollars ».




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