Réduire le plastique à la source

« Le plastique est de plus en plus présent... (PHOTO KEVIN VAN PAASSEN, ARCHIVES BLOOMBERG)

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« Le plastique est de plus en plus présent dans nos vies », souligne Ariane Krol.

PHOTO KEVIN VAN PAASSEN, ARCHIVES BLOOMBERG

Ariane Krol

Éditorialiste

La Presse

Pratique et peu coûteux, le plastique est de plus en plus présent dans nos vies - y compris en des endroits où il représente un danger ou une nuisance. Bannir les bouteilles d'eau à remplissage unique des établissements et activités de la Ville de Montréal peut avoir l'air d'une goutte d'eau dans l'océan, mais c'est un premier pas significatif qui doit absolument être franchi.

La motion que l'Opposition officielle veut présenter demain au conseil municipal est limpide.

« Que la Ville de Montréal montre l'exemple en interdisant l'achat et la distribution des bouteilles d'eau en plastique à usage unique notamment de 500 ml, à travers tous les services et les unités d'affaires de la Ville, à l'exception de l'approvisionnement nécessaire en cas de crise ou situation d'urgence. »

C'est le conseiller Francesco Miele d'Ensemble Montréal (autrefois Équipe Denis Coderre) qui a fait la proposition. Elle est plus pragmatique que celle de l'ex-maire, qui voulait plutôt une interdiction sur tout le territoire, comme avec les sacs de plastique. Une idée séduisante, mais irréaliste à court terme, que nous avions vivement dénoncée.

L'eau embouteillée est si populaire qu'interdire aux épiceries, pharmacies, quincailleries, restaurants, bars et autres salles de cinéma d'en vendre provoquerait une levée de boucliers infranchissable.

La Ville et ses arrondissements, par contre, n'ont aucune obligation de participer à ce commerce, et d'excellentes raisons de s'en retirer.

On ne connaît pas le nombre de bouteilles que l'administration municipale achète pour ses besoins ni combien elle contribue à mettre en circulation en autorisant leur vente dans ses bureaux, centres sportifs et autres établissements, mais l'amoncellement de plastique ainsi généré doit être monstrueux.

Le poids d'une bouteille de plastique peut paraître minime comparé, par exemple, à celui d'une bouteille en verre, mais leur nombre augmente à une vitesse folle.

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Nombre de bouteilles d'eau mises en marché au Québec

2010 : 712,8 millions 2018 : 1,1 milliard (+ 54 %)

Source : Estimations de Recyc-Québec

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Et même si le polytéréphtalate d'éthylène (PET) utilisé pour la fabrication est recyclable, une bonne partie ne se rend pas au centre de tri.

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29,8 % des bouteilles d'eau consommées à domicile ne sont pas mises dans le bac de recyclage

Source : Caractérisation des matières résiduelles du secteur résidentiel - Résultats 2012-2016, Éco Entreprises Québec et Recyc-Québec

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C'est donc près d'une bouteille d'eau sur trois qui n'est pas recyclée - et il s'agit seulement de celles bues à la maison. On ne connaît pas le taux exact de récupération dans les lieux publics, mais on sait qu'il est encore moindre.

En arrêtant d'acheter des bouteilles d'eau pour ses réunions et en cessant d'en offrir dans les comptoirs et machines distributrices de ses immeubles, parcs et autres espaces, Montréal contribuerait à réduire le volume de plastique envoyé comme déchet dans les centres d'enfouissement ou, pire, dans la nature.

Ça demande évidemment quelques ajustements et un peu de temps. Il faudra attendre que les contrats d'approvisionnement arrivent à terme et s'assurer qu'il y ait assez de fontaines publiques pour que les citoyens puissent remplir leurs bouteilles réutilisables. Mais franchement, ce n'est pas la mer à boire. Dans Saint-Laurent, cela fait déjà plus d'un an que l'arrondissement a cessé d'acheter de l'eau embouteillée et d'en offrir dans ses immeubles et ses événements, témoigne M. Miele, qui est conseiller du district de Côte-de-Liesse.

Il faut donc souhaiter que l'administration Plante, qui a souvent vanté les mérites de la collaboration, appuie cette motion de l'opposition.

D'autant qu'elle comporte un autre volet, beaucoup plus large, qui demande à la Ville de se doter d'une stratégie globale de réduction du plastique pour l'ensemble du territoire.

Montréal n'est pas seul à être ainsi interpellé. La ministre fédérale de l'Environnement a lancé une vaste consultation dans laquelle elle demande aux Canadiens comment en finir avec les déchets de plastique. La ministre McKenna tente également de rallier les pays membres du G7 autour d'une charte sur le plastique en vue du sommet de La Malbaie, dans quelques semaines.

Les plastiques à usage unique sont aussi dans la ligne de mire de la Commission européenne, qui devrait présenter une proposition de réduction très bientôt. Des initiatives ont déjà été annoncées en quelques endroits. L'Angleterre, par exemple, veut bannir les pailles, cotons-tiges et bâtonnets à café en plastique. Et plus près de nous, la Ville de Vancouver interdira aux restaurateurs d'utiliser, à compter de l'automne 2019, des pailles en plastique ainsi que les gobelets et des contenants en styromousse.

Toutes ces mesures peuvent sembler dérisoires face à ces immondes « continents de plastiques » qui dérivent sur les océans. Il est évident que d'autres facteurs pourraient être plus efficaces - si les plastiques devenaient nettement plus chers, par exemple, leur utilisation chuterait rapidement. N'empêche : mieux vaut faire un geste concret, même limité, mais qui est susceptible d'avoir un effet d'entraînement positif, que de rester les bras croisés.

> Voyez la consultation fédérale sur le plastique




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