L'insoluble lourdeur des tarifs

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«Le sans-fil n'est pas un luxe, écrit Ariane Krol. Dans un nombre croissant de domaines, c'est un outil de travail indispensable.»

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Éliminer les frais d'itinérance à la grandeur des Amériques? Le Canada a beau avoir approuvé cette résolution de l'Organisation des États américains, ce n'est pas pour demain. Malgré les appels répétés d'Ottawa, nos tarifs de téléphonie sans fil demeurent parmi les plus chers au monde.

«Nous sommes d'accord pour encourager des mesures visant à promouvoir [...] l'élimination de frais additionnels aux utilisateurs de services internationaux en itinérance», ont convenu 19 pays membres de l'Organisation des États américains, dont le Canada, dans la Déclaration de Buenos Aires adoptée le mois dernier.

Cette déclaration, bien que non contraignante d'un point de vue juridique, reflète bien la vision du gouvernement, confirme le cabinet du ministre fédéral de l'Innovation, des Sciences et du Développement économique, Navdeep Bains. «Quand on compare le prix des services au sein des pays du G7, les Canadiens sont parmi ceux qui paient le plus cher. Cela doit changer», nous a-t-on indiqué par courriel.

Hélas, on ne sent aucune volonté de libérer les Canadiens de ces coûteux frais d'itinérance - le ministre n'a aucun échéancier pour ce faire.

L'idée n'a pourtant rien d'extravagant. L'Argentine et le Chili envisageaient déjà de les abolir de part et d'autre de leur frontière. Cette possibilité a aussi été évoquée pour les membres du Mercosur et de l'Alliance du Pacifique.

Et surtout, il y a l'Union européenne qui, elle, est passée à l'acte en juin dernier. «La disparition des frais d'itinérance compte parmi les réussites les plus éclatantes et les plus concrètes à mettre au crédit de l'UE», a d'ailleurs souligné la Commission européenne. Parlez-en aux consommateurs britanniques, qui craignent de perdre cet avantage avec le Brexit!

Chez nous, le déverrouillage des appareils a facilité l'utilisation de cartes SIM à l'étranger, mais tous les voyageurs n'ont pas envie de se donner cette peine.

Et même si la plupart des fournisseurs canadiens offrent maintenant des formules permettant, moyennant un supplément quotidien, d'utiliser son forfait aux États-Unis ou à l'international, se servir de son téléphone hors du pays entraîne encore des coûts non négligeables.

Ce n'est qu'une source d'irritation parmi tant d'autres. Les tarifs canadiens demeurent parmi les plus élevés au monde, montre la comparaison avec sept pays étrangers réalisée pour le ministère de l'Industrie. En fait, pour la moitié des six forfaits types étudiés, c'est au Canada qu'on paie le plus cher. Seuls les clients qui optent pour les deux forfaits les plus frugaux, ou pour le plus cher, s'en tirent un peu mieux : le Canada arrive au deuxième ou troisième rang, selon les cas.

Comment s'en étonner? Malgré les signaux envoyés par le ministre Bains et les efforts de ses homologues conservateurs avant lui, le trio Bell-Rogers-Telus contrôle encore 90% du marché.

Ottawa fera une nouvelle tentative l'an prochain, en réservant 43% du spectre mis aux enchères dans la bande 600 MHz aux concurrents actuels et potentiels. De fait, les fournisseurs régionaux, comme Vidéotron ou Freedom Mobile, offrent des tarifs moins chers dans les grandes villes. Mais pour ce qui est de nouveaux concurrents, il ne faut pas rêver. Les trois principaux fournisseurs dont Ottawa avait encouragé la création (Public Mobile, Mobilicity et Wind/Freedom Mobile) ont tous été rachetés par des anciens monopoles.

En l'absence d'un quatrième fournisseur national, on ne voit pas le jour où les tarifs canadiens se rapprocheront de ceux des autres pays industrialisés. C'est malheureux, parce que le sans-fil n'est pas un luxe. Dans un nombre croissant de domaines, c'est un outil de travail indispensable. Or, son coût d'utilisation prohibitif avantage une poignée de fournisseurs au détriment de tous les autres employeurs et travailleurs du pays. Du pur gaspillage!




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