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Sur les chantiers de construction québécois, les femmes... (PHOTO OLIVIER JEAN, ARCHIVES LA PRESSE)

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Sur les chantiers de construction québécois, les femmes représentaient en 2017 seulement 1,9% des travailleurs.

PHOTO OLIVIER JEAN, ARCHIVES LA PRESSE

Le poids des femmes...

... à la table du conseil des sociétés canadiennes cotées en Bourse : 14%

... parmi les titulaires de chaires de recherche du Canada : 30%

... sur les chantiers de construction québécois : 1,9%

Précisions qu'il s'agit des chiffres de 2017. C'est donc tout frais... mais pas exactement rafraîchissant. Surtout quand on considère que deux d'entre eux représentent des progrès.

Deux ans auparavant, 11% de l'ensemble des sièges aux C.A. des entreprises publiques étaient occupés par des femmes. Quatre ans plus tôt, 1,4% des travailleurs de la construction étaient des travailleuses. Quant aux chaires de recherche, cela fait une dizaine d'années que la proportion de nouvelles titulaires tourne autour de 30% en moyenne, montrent les chiffres du fédéral.

Cette sous-représentation aux conseils d'administration et dans les chaires de recherche témoigne de la difficulté d'accéder aux lieux de pouvoir et d'influence dans des domaines où, pourtant, les femmes très scolarisées et ayant de belles carrières ne manquent pas.

La proportion famélique de femmes dans la construction témoigne quant à elle de leur difficulté à intégrer ce secteur qui offre des emplois payants et intéressants sans avoir à passer une éternité sur les bancs d'école. Cinq ans après leur entrée dans l'industrie, près de 60% des femmes ont renoncé à y faire carrière, contre seulement 35% pour les hommes, signalait la Commission de la construction du Québec (CCQ) en 2013.

Les événements de la dernière année sont particulièrement éclairants.

En décembre dernier, la titulaire de la Chaire pour les femmes en sciences et en génie au Québec, Ève Langelier, a causé une petite commotion en dénonçant une entente écrite demandant «à des étudiantes de ne pas tomber enceinte durant leurs études de 2e et 3e cycles, et à des étudiants de ne pas profiter de leur congé de paternité». Mme Langelier est convaincue qu'il ne s'agit pas d'un cas unique, et ce n'est pas la ministre fédérale des Sciences qui va la contredire.

Dans une lettre ouverte publiée quelques mois auparavant, Kirsty Duncan racontait s'être fait demander, lorsqu'elle enseignait à l'université, quand elle prévoyait être enceinte, et si elle voulait être traitée comme une femme ou une scientifique.

C'est une réalité peu reluisante de la recherche scientifique universitaire : les congés de maternité sont souvent des obstacles à l'avancement d'une carrière.

Mme Duncan a annoncé au printemps dernier une série de mesures pour obliger les universités à améliorer la représentativité de leurs chaires. Les premiers signes encourageants sont arrivés six mois plus tard : pour 150 postes à pourvoir, 52% des candidats soumis par les universités étaient des femmes, contre 31 % en moyenne durant la décennie précédente. Plusieurs autres critères mériteraient cependant d'être revus par les organismes subventionnaires, notamment pour tenir compte des conséquences des congés parentaux - nombre de publications, dates de redditions de compte, etc.

Plus les chiffres sont ténus, plus il y faut y regarder de près pour y déceler une évolution. En 2017, plus de 500 travailleuses se sont ajoutées sur les chantiers régis par la CCQ, et près de 400 entreprises de plus ont embauché des femmes. Les quatre mesures réglementaires implantées l'année précédente y sont pour beaucoup, considère la CCQ. Reste qu'avec moins de 2% de main-d'oeuvre féminine à la fin de 2017, on n'atteindra peut-être même pas la cible de 3% qui avait été fixée pour cette année. Cependant, force est de reconnaître que sans les efforts qui ont été faits, on ne serait même pas à 1,9%, mais bien près du 1,4% de 2013. Heureusement que le Programme de l'accès à l'égalité de la CCQ court jusqu'en 2024!

La situation n'évolue pas tellement plus vite dans les salles feutrées des conseils d'administration. Après trois années de divulgation imposées par les autorités en valeurs mobilières, le bilan de 2017 est sans équivoque : la transparence ne suffit pas à faire changer les choses. Même si les femmes occupent moins de 15% des sièges d'administrateurs, près de 90% des entreprises n'ont toujours pas de cible de représentation féminine au conseil, et les deux tiers n'ont même pas de politique à cet égard. Il y a bien un amendement qui a été proposé au Sénat le mois dernier dans le but d'obliger ces entreprises à se fixer des objectifs chiffrés, mais il a été battu aux voix.

Il va falloir s'y prendre autrement. Faudra-t-il passer par des quotas? Plusieurs, dont l'ex-ministre des Finances Monique Jérôme-Forget, en sont convaincus. L'Association des femmes en finance du Québec a également pris position en ce sens. Ce n'est pas fait, puisqu'on parle ici d'entreprises privées redevables envers leurs actionnaires. Mais que ça leur plaise ou non, elles n'ont pas fini d'entendre parler d'imposition de quotas ou, au minimum, d'objectifs volontaires : leur lenteur à progresser d'elles-mêmes ne nous laisse pas le choix.

Que ce soit dans les milieux du cinéma, de la télé ou du spectacle, dans les hôpitaux ou les labos, sur les chantiers ou au sein des directions d'entreprise, les conditions de travail des femmes sont plus que jamais d'actualité. On l'a vu au cours de la dernière année, et au rythme où ça avance, on n'a pas fini d'en parler.




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