Phénix: un gâchis incalculable

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« Quand les dossiers des employés ont commencé à arriver dans le système Phénix au début de 2016, les problèmes se sont empilés jusqu'à former un amoncellement ingérable », explique Ariane Krol.

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Ariane Krol

Éditorialiste

La Presse

C'est encore pire qu'on le pensait. Les 540 millions budgétés par Ottawa ne suffiront pas à régler les problèmes de son système de paye Phénix, prévient le vérificateur général du Canada. Note aux élus : arrêtez de vous faire accroire que vous économiserez des millions en remplaçant des employés par un mégasystème informatique centralisé.

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Phénix, de mal en pis

INFOGRAPHIE LA PRESSE

La reconstitution des faits a des allures de carambolage monstre. Avec plus de 105 conventions collectives et de nombreux autres contrats de travail à gérer, il y a toujours eu des accrochages dans les payes du fédéral. Mais quand les dossiers des employés ont commencé à arriver dans le système Phénix au début de 2016, les problèmes se sont empilés jusqu'à former un amoncellement ingérable. Et on n'a pas fini de désincarcérer les malheureux fonctionnaires coincés dans cet amas bureaucratique. À la fin de l'audit du vérificateur général (VG), le 30 juin dernier, plus de 150 000 employés avaient encore des demandes de modification en attente - dont 5000 prises là depuis un an. Pis, le nombre de problèmes et d'employés touchés continuait à augmenter.

Le système Phénix, qui a coûté 310 millions sur sept ans à implanter, était censé générer des économies annuelles de 70 millions, et ce, dès l'an dernier. Dire que ça ne s'est pas passé comme prévu est un euphémisme.

Oui, Ottawa a réussi à éliminer environ 650 postes, en remplaçant quelque 1200 conseillers en rémunération répartis dans 46 ministères et organismes par 550 employés à son nouveau centre de Miramichi, au Nouveau-Brunswick.

L'équation a été de courte durée.

Lorsque les problèmes de congés parentaux, d'heures supplémentaires, de promotions, de mutations, d'emplois d'été, de prestations d'invalidité et autres joyeusetés ont commencé à s'accumuler, et que 18 nouvelles conventions collectives ont rajouté une couche de changements et de rétroactivité, il a fallu recruter et réaffecter des centaines d'autres employés pour démêler ce fouillis.

Presque 1400 travailleurs ont été ou seront mobilisés, au moins provisoirement, pour prêter main-forte aux 550 postés à Miramichi. Non seulement le fédéral n'économisera pas les 210 millions attendus durant les trois premières années de Phénix, mais selon ses prévisions, il devra trouver 330 millions de plus pour résorber ses problèmes. Et là encore, il pèche par excès d'optimisme. Il faudra « beaucoup plus » que ces 540 millions sur trois ans, estime le VG.

Combien ? On aura peut-être une meilleure estimation dans le plan de travail que Services publics et Approvisionnement Canada a promis d'ici la fin du mois, mais à vue de nez, on n'est pas sorti du bois. Le ministère de la Santé de l'État du Queensland, en Australie, a mis sept ans et 1,2 milliard de dollars à résoudre ses problèmes de paye informatisée, et ce n'est pas entièrement réglé, signale le VG. On parle ici d'un seul ministère, comptant moins de 80 000 employés. Et surtout, d'une administration qui s'est mobilisée rapidement : quatre mois après que ça a commencé à déraper, les Australiens avaient une structure de gouvernance claire pour s'attaquer aux problèmes. À Ottawa, on n'avait rien de tel après 16 mois.

Automatisation déficiente, incapacité à traiter les quarts de travail de plusieurs catégories de fonctionnaires, traitement en temps réel incompatible avec les demandes rétroactives : ce Phénix dernier cri se révèle incroyablement mal foutu.

À qui la faute ? Le devis du Ministère ? La livraison des fournisseurs ? Pour le savoir, il faudra attendre le prochain audit du VG.

Son rapport d'hier, qui se concentrait sur la façon dont Ottawa a tenté de réparer les dégâts, n'a cependant rien de flatteur pour Services publics et Approvisionnement Canada. Non seulement ce ministère n'a pas réussi à cerner et à régler les problèmes, mais il n'a pas non plus donné les informations et l'aide dont les autres ministères et organismes avaient besoin.

Malgré ces constats accablants, le VG ne recommande pas de tout recommencer. Outre les centaines de millions dépensés, ce système a nécessité sept ans de mise en place. L'endurer dans cet état durant aussi longtemps en attendant d'en avoir un autre est impensable. Il faut le réparer.

Le système de paye que le fédéral utilisait auparavant datait de plus de 40 ans. Avait-il besoin d'être modernisé ? Peut-être. Était-ce une bonne idée de le remplacer par un système hyper-centralisé et ultra-automatisé ne pouvant fonctionner qu'en interface avec les 34 systèmes de ressources humaines du fédéral ?

Après des histoires d'horreur comme celles de Phénix, du registre fédéral des armes à feu et du Dossier Santé Québec, se poser la question, c'est montrer qu'on n'a rien compris.




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